Monsieur Je-sais-tout a encore deux ou trois choses à désapprendre


De Babel à Wikipédia, en passant par les best-sellers du Tout Savoir – signés Yuval Noah Harari ou Michel Onfray – et autres encyclopédies «pour les nuls», notre drôle d’espèce en oublie parfois de réfléchir vraiment sans savoir pourquoi, de rêver, ou de ne rien faire les yeux ouverts...
Sommaire
Nos enfances naturellement curieuses d’un peu tout ont été nourries, avant la télé et son fenestron ouvert sur le monde, par une foison de publications plus ou moins imagées dont l’une, intitulée Tout connaître, résumait en deux mots l’un des penchants de Sapiens le distinguant de son animal de compagnie, chien ou chat n’attendant que caresses ou pitance.
Dans un beau livre récent précisément intitulé De la curiosité, le très érudit Alberto Manguel rappelle que la mythique bibliothèque d’Alexandrie, riche de plusieurs centaines de milliers d’ouvrages et détruite on ne sait trop comment ni à quelle date précise, concrétisait non seulement ce rêve de connaissance universelle mais se proposait aussi de rassembler tous les savoirs de l’époque issus de multiples cultures, comme la mythique tour de Babel avait symbolisé la prétention de l’homme initialement mal parti, selon la version biblique, en goûtant au fruit de l’Arbre de la connaissance, etc.
Avons-nous plus appris dans nos premiers livres et sur nos bancs d’école qu’en nous royaumant dans les sous-bois et le long des rivières, et le fait d’apprendre la déclinaison du verbe tout-savoir nous a-t-il rendu meilleurs que ceux qui restaient ignorants en la matière, sachant en revanche la grammaire des plantes médicinales ou la lecture des étoiles utile à la navigation?
Ces questions n’invitent pas à la polémique mais au rappel d’une évidence souvent oubliée, selon laquelle le savoir est multiple, implique nos divers sens et varie lui-même à tous les sens du terme.




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