Liban-Gaza: l’horreur quotidienne et l’impasse diplomatique

Par Malek El-Khoury · Publié le 15 novembre 2024 · 4 min de lecture

Liban-Gaza: l’horreur quotidienne et l’impasse diplomatique
Des sauveteurs progressent dans les ruines de l'église de Derdghaya (Sud-Liban) touchée par une frappe israélienne le 10 octobre dernier. © Bilal Kashmar - christianpost.com - CC BY 4.0

Jours après jours, l'armée israélienne détruit systématiquement des pans entiers du Liban. Au sud, près de la frontière avec Israël, tout est rasé, maisons, écoles, hôpitaux, mairies, mosquées et églises. La banlieue sud de Beyrouth est attaquée tous les jours. Dans la seule nuit de mardi trente immeubles se sont effondrés. La plaine de la Bekaa est dévastée. A Gaza, après plus d’un an, la guerre se poursuit dans les ruines. Quand donc les armes pourraient-elle enfin se taire? Malek El-Khoury, très informé, familier de la Suisse,nous adresse cette analyse depuis Beyrouth.

Ce n’est qu’à partir du 20 janvier 2025 (date de l’entrée en fonction effective de Donald Trump) que l’on pourra savoir quelle option sera appliquée et suivie par le tandem Israël-USA, ou plutôt Netanyahou-Trump. 

D’ici là, vu que les options de cessez-le-feu sont toutes dans l’impasse, les guerres dans la région continueront et même risquent d’être encore plus violentes, vu qu’Israël voudra gagner un maximum de points afin d’avoir le plus de cartes en main pour discuter avec son «ami» Trump.

Entre-temps, au Liban (comme à Gaza), les frappes aériennes incessantes continuent de tuer, détruire, brûler et raser. Israël est en train de transformer le Sud-Liban, y compris des villes comme Tyr ou Nabatieh, en des terrains vagues sans habitations ni plantations, détruisant aussi le patrimoine culturel et social de cette région. Les deux autres régions visées par les avions israéliens sont la Bekaa et la banlieue Sud. Cette dernière est pratiquement vidée de ses habitants, mais continue d’être systématiquement détruite, immeuble après immeuble. Quant à la Bekaa, la ville de Baalbeck (les ruines ne semblent pas encore être affectées ni directement touchées) est sensiblement détruite, surtout la vieille ville qui contient dans ses sous-sols une richesse de patrimoine colossal.

Cela ne suffit pas aux Israéliens. Ils frappent l’intérieur des terres libanaises, dans les zones de non-guerre de manière sporadique prétextant poursuivre un responsable du Hezbollah (HA), quitte à tuer en dommage collatéral des civils innocents, ou alors en visant des lieux séparant des endroits où habitent (souvent cohabitent) des déplacés et des locaux, dans le but de semer la zizanie entre plusieurs catégories de la population libanaise, souvent communautaires. L’autre objectif déclaré est de provoquer la confusion et la dislocation de la communauté chiite, environnement naturel de HA.

A Gaza la guerre continue, avec toujours les mêmes objectifs pas encore atteints (éradiquer Hamas et libérer les otages) auxquels s’ajoute un nouveau but, raser complètement le tiers nord de Gaza pour pouvoir y installer de nouvelles colonies et de nouveaux colons. (C’est aussi un des objectifs affichés des ministres d’extrême droite pour le Sud-Liban).

Jusqu’à maintenant, la seule chose qu’Israël ait réussi à faire c’est détruire pour détruire, tuer pour tuer, raser pour raser. Aucun des objectifs affichés n’a été atteint. Même si les deux mouvements (Hamas et HA) ont été décapités et sont très affaiblis, ils ne sont pas encore arrivés au point de n’avoir plus la capacité de résister. Les otages (carte de pression de Hamas dans les négociations) ne sont pas libérés. Aucun territoire n’est encore colonisé. Du moins jusqu’à maintenant.

Ce maigre résultat politique satisfera-t-il Trump pour permettre à son ami de continuer ou pensera-t-il que tous ces efforts et sommes colossales englouties dans la guerre n’ont pas le retour sur investissement attendu?

Evidemment Netanyahou pourra aussi lui proposer d’annexer les Territoires Occupés ainsi que le tiers nord de Gaza et puis chasser les Palestiniens vers l’Egypte, la Jordanie et/ou le reste du monde, argument qui peut influencer Trump pour qui la cause palestinienne n’existe pas. Rappelons-nous que c’est Trump I qui a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et y a déplacé l’ambassade américaine.

Personne ne se fait d’illusions sur des cessez-le-feu rapides. Cependant les scandales entourant Netanyahou et son cabinet, les pertes humaines et matérielles de part et d’autre (y compris en Israël), la crainte de l’inconnu après le 20 janvier prochain, l’apparition de la Russie comme partie prenante des négociations, pourraient produire des surprises que j’appellerais «magiques» afin d’arrêter cette guerre au cours de laquelle personne n’a rien gagné. Au contraire, tout le monde y a perdu.

Même si nous ne croyons pas à la magie, espérons-la et souhaitons-la. Surtout si elle nous permet de respirer et de vivre normalement. 

Beyrouth le 12.11.24

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