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Le syndrome de résignation, des clés pour comprendre ce mystérieux mal suédois

Anna Lietti

Par Anna Lietti · Publié le 31 mai 2018 · 9 min de lecture

Le syndrome de résignation, des clés pour comprendre ce mystérieux mal suédois
La Suède contemple, effarée, le mal mystérieux qui frappe des dizaines d’enfants de réfugiés chaque année. - © Déa Gjinovci

Que penser d’une maladie qui n’existe qu’en Suède, ne frappe que des enfants de migrants et guérit quand leur famille se voit accorder un permis de séjour? Le syndrome de résignation n’est pourtant pas une simple arnaque. Il illustre, explique le psychiatre Théodore Hovaguimian, la puissance de l’inconscient et son talent à fabriquer des symboles forts à certains moments de l’histoire des sociétés. Lecture d'un phénomène qui fera bientôt l'objet d'un documentaire suisse.

Ils sont comme la belle au bois dormant: vivants mais comme morts. Profondément endormis, mous comme des poupées de chiffon, incontinents, insensibles à la douleur, nourris par sonde. Et pourtant, ils ne souffrent d’aucun mal organique identifiable. Depuis presque vingt ans, la Suède contemple, effarée, le mal mystérieux qui frappe des dizaines d’enfants de réfugiés par an. On l’appelle le syndrome de résignation.

Caractéristiques: il touche uniquement des enfants de certaines communautés, à savoir originaires de pays d’ex-URSS ou d’ex-Yougoslavie, avec une surreprésentation des communautés ouïghours et roms. Il survient après que la famille se soit vu refuser le droit de rester en Suède par les services de l’immigration. Et il guérit après que ces mêmes services soient revenus sur leur décision. Enfin; à ce jour, le syndrome de résignation n’est documenté que sur sol suédois…

L’étrange épidémie a ébranlé le royaume, le roi lui-même s’est dit bouleversé. Survenue suite au durcissement de la politique d’asile – notamment vis-à-vis des ressortissants de pays qui ne sont pas en guerre – elle a été interprétée en Suède comme une métaphore à portée morale: voilà ce qui arrive à un pays qui abandonne ses valeurs humanitaires. Sous pression de la communauté médicale et de l’opinion, les services migratoires ont infléchi leur politique.

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