Le poinçonneur de cartons


Ultime noteur-arrangeur de partitions d’orgue de barbarie en Suisse romande, Jean Ketterer fait figure de dernier des Mohicans. A 82 ans, ce passionné joue encore du perforateur pour créer ou transcrire des mélodies qu’il déroule dans les fêtes populaires. Sa musique, au son familier et festif, est contemporaine ou classique avec une préférence marquée pour le ragtime et son idole Scott Joplin. Son seul regret: n’avoir trouvé aucun successeur.
A l’ère industrielle, dopée par le numérique, la technologie et l’automatisation des gestes les plus simples, des métiers ancestraux délaissés renaissent ou refusent de mourir. Comme les légumes oubliés, l’artisanat, des techniques de production, d’élevage ou d’activités quotidiennes abandonnées retrouvent leurs lettres de noblesses et séduisent même de plus en plus de jeunes. Ils sont forgerons, ocularistes, bergers, vignerons, cordonniers, musiciens … et tous parlent d’avenir, portés par des valeurs éthiques et les contacts humains.
Isabel Jan-Hess (texte) et Noémie Desarzens (vidéo)
Jean Ketterer raconte l’instrument magique, en tournant la manivelle, glissant les cartons pliés ou tournant les galettes en carton. © Bon pour la tête
Les envolées lyriques résonnent dès l’arrivée sur le palier Jean Ketterer. Dans l’appartement du couple, installé depuis 40 ans à Plainpalais, une pièce entière est dévolue à ses orgues de barbarie. De curieux instruments à vent aux noms poétiques, tel la serinette, servant à apprendre à siffler aux serins, dont il détaille volontiers le mécanisme. «Certains orgues sont à cylindres, d’autres à carton perforé, à lecture pneumatique ou à peigne. Et aujourd’hui il y en a même dotés d’une puce électronique», précise-t-il dans un élan d’enthousiasme.




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