Extrait de notes d’hosto prises à l’unité Fleurs du nouvel établissement hospitalier de Chablais-La Riviera, sous l’écran en mode veilleuse marqué Fréquence Banane, trois jours après l’infarctus…
1. Réveillé cette nuit à deux heures du matin par la sensation de froid et la surprise de me retrouver trempé de la tête aux pieds dans mes draps également ensués et puant la transpiration avec de vagues relents de pisse, le besoin de prendre ces notes pour rendre compte de l’expérience en cours m’est venu tout naturellement après que la veilleuse de nuit m’a apporté une nouvelle chemise et en attendant qu’on me change ces putains de draps mouillés; ensuite j’ai un peu dormi, fait un drôle de rêve où ma bonne amie me faisait certaine proposition réjouissante, et tout à l’heure j’ai ri tout seul (mon voisin de chambre dormant derrière notre paravent protecteur d’intimité, la bouche ouverte et râlant parfois) en déchiffrant l’inscription, sur fond de rectangle lumineux , affichée sur l’écran bleuté de ma télé: Fréquence Banane. Il est à l’instant sept heures du matin, ce samedi 7 novembre 2019…
2. L’architecture très lumineuse constituant l’immense damier-dédale du nouvel hôpital régional de Chablais-Riviera donne l’impression très singulière et très rare que tout y est conçu pour la circulation fluide des soignants, beaucoup de portes de chambres restant ouvertes et beaucoup de patients capables de le faire déambulant d’une unité à l’autre, de Fleurs à Horizon ou de Lac à Jardin. Moi qui ai détesté le concept d’openspace de certaines rédactions, je me suis tout de suite senti chez moi dans ces beaux espaces très ouverts et protégeant l’intimité de chacun, où les soignants semblent parfois glisser ou patiner alors qu’ils s’activent diligemment; et quand j’écris soignants c’est très majoritairement de soignantes de tous les grades et nationalités qu’il s’agit.
3. Que serait un hôpital aussi gigantesque sans les soignantes et les soignants? Rien. Bien entendu les médecins sont eux aussi méritants et parfois plus en haute technicité, mais ils sont «visibles» à tout coup, même absents, tandis que les soignants restent souvent inaperçus. Evoquant l’autre nuit, avec un infirmier originaire de Biasca, la dimension restée très humaine, voire parfois complice ou même affectueuse du rapport liant ici patients et soignants, il n’a pas hésité à me lancer avec une sorte de fierté moqueuse: «Grâce à nous!», et de me parler de l’envers du décor bureaucratique de l’entreprise où des fonctionnaires comptant leurs heures y vont de leurs directives managériales implacables. Ce Flavio tessinois s’est gardé de me dire, sans me connaître, qu’il estimait le travail des soignants sous-payés, mais mon opinion est faite depuis des années et, au vif agacement de mes confrères, j’ai toujours affirmé que les journalistes étaient beaucoup trop payés et les soignants pas du tout assez.






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