Le bazar des caïds

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 9 juillet 2017 · 3 min de lecture

Le bazar des caïds
Salutations entre Angela Merkel et l'ancien ministre des Finances saoudien Ibrahim al-Assaf. - © NZZ

Que ressort-il du sommet G20 à Hambourg? Pas grand-chose, dit-on. Et pourtant. L’isolement des Etats-Unis dépasse la question du climat. Que tous sans exception lui aient donné tort, c’est nouveau. Enfin, le bazar a permis des rencontres, des marchandages discrets qui font reculer le risque de guerre. Pas si mal en fait.

Sommaire

Ce club des pays riches n’a aucune légitimité démocratique. Il laisse devant la porte des petits et moyens pays qui auraient beaucoup à dire. La Suisse ne s’en plaint pas puisqu’elle arrive de temps à autre à se faufiler sur un strapontin à l’invitation d’un organisateur bienveillant, comme l’a fait cette fois Mme Merkel.

Avec le recul, l’utilité de cette bastringue ne saute pas aux yeux.

Or le bon peuple effarouché par les menaces de guerres peut respirer. Ces messieurs-dames qui aiment tant poser sur la photo officielle et papoter dans les couloirs ne sont pas près d’échanger entre eux des missiles balistiques.

La question du climat mis à part – et admettons qu’elle n’empêche personne de dormir, d’autant plus que Trump n’est pas éternel – toutes les tensions ont baissé d’un cran.

Mieux que rien. Mieux que pire

La Corée du Nord? On peut compter sur les Chinois et les Russes pour contenir le sinistre gamin de Pyongyang. Ce qui convient aux Américains, peu pressés de lâcher de nouvelles bombes dans le coin.

La Syrie? Poutine a obtenu ce qu’il cherchait: tous reconnaissent maintenant qu’il a son mot à dire et un peu plus dans l’imbroglio moyen-oriental. Qu’il ait décidé avec Trump de pacifier un petit bout du pays-martyr est un pas minuscule, mais symbolique. Militaires russes et Américains se garderont, sur place, de tout incident entre eux et de toute escalade.

L’Ukraine? Plus personne ne croit que la Russie abandonnera la Crimée. Poutine et Trump ont pris le temps de discuter de l’évolution de ce pays-tampon entre l’est et l’ouest. Or dès qu’on s’y penche sérieusement, on voit bien que les torts de la crise sont partagés. La Russie a certes appuyé le séparatisme russophone, mais le gouvernement de Kiev qui multiplie les provocations dresse des barrières face à ses provinces de l’est et les pousse à la sécession. Le processus de paix devrait être relancé à Minsk. Mieux que rien. Mieux que le pire.

Petits arrangements au sommet

Le bazar, en politique comme en économie, est une forme de civilisation louable. On y fait des discours, on y bluffe pas mal, mais on marchande aussi en entrant dans le vif de sujets variés. Et au bout du compte, tout le monde rentre plutôt content chez lui.

Il eût été passionnant et amusant d’entendre tous les palabres discrets entre les participants de ce sommet. Ils portaient sans doute sur une foule de préoccupations absentes de l’ordre du jour.

On peut parier qu’il y fut aussi question de business. Poutine n’a pas lâché par hasard qu’il ne voyait aucune objection aux exportations américaines de gaz et de pétrole vers l’Europe. Un mot gentil pour obtenir un assouplissement des sanctions qui frappent la Russie?

Les caïds de la planète adorent se montrer dans de tels raouts afin que leurs peuples les trouvent forts et beaux. Ils en profitent pour trouver toutes sortes de petits arrangements entre eux. C’est frustrant pour les spectateurs du théâtre mondial ainsi privés des apartés, mais, convenons-en, cela vaut mieux que le feu croisé des déclarations belliqueuses.

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