Réservé aux abonnés

«Là sont les secrets de votre cœur»

Publié le 30 janvier 2019 · 4 min de lecture

«Là sont les secrets de votre cœur»
Autant l’avouer d’emblée: Raphaël Aubert a une grand admiration pour Dominique Bona, qu'il tiens pour l’une des meilleures biographes d’aujourd’hui. - © F.Mantovani

Pourquoi écrit-on des biographies? Qu’est-ce qui pousse un écrivain – une écrivaine – à consacrer des mois de sa vie à une autre œuvre plutôt qu’à la sienne propre? Quels liens se tissent entre le biographe et son modèle? C’est pour répondre à toutes ces questions que Dominique Bona, elle qui a beaucoup écrit sur les autres, publie aujourd’hui Mes vies secrètes. Dans ce très beau livre, à la fois essai et mémoires, l’auteure, qui est aussi romancière, raconte ce qui l’a amenée à s’intéresser tant à Clara Malraux, à Colette, à Paul Valéry qu’à André Maurois ou à Stéphane Zweig. Ce qui, bien sûr, est encore une façon de parler de soi.

Autant l’avouer d’emblée: j’ai une grand admiration pour Dominique Bona, que je tiens pour l’une des meilleures biographes d’aujourd’hui. Son ouvrage consacré à Clara Malraux, la première épouse du romancier de La Condition humaine, est tout simplement magistral, est un modèle du genre. Miracle d’équilibre entre objectivité des faits, quitte à ce qu’ils risquent d’apparaître pour déplaisants, et constante empathie à l’endroit du sujet abordé. Je ne vois guère qu’André Maurois (1885-1967) à qui comparer Dominique Bona. L’auteur de La vie de Disraeli et d’Ariel ou la Vie de Shelley, magnifiques biographies lues dans ma jeunesse, sans oublier bien sûr Les Silences du colonel Bramble ou encore Climats. Maurois à qui Dominique Bona a justement consacré l’un de ses livres. «Cet écrivain, note-t-elle, répand des ondes positives. Il apaise, rassure et fait du bien.» Comment ne pas appliquer ces lignes à celle qui les a écrites?

Toute biographie est une aventure risquée faite de beaucoup de hasard et de rencontres. Ainsi, toujours au sujet de Maurois, c’est à la suite d’une requête de son gendre, Robert Naquet, lui-même se recommandant de Maurice Druon, l’auteur des Rois maudits, que Dominique Bona écrivit sa biographie. Non sans réticences. Maurois faisait partie, explique-t-elle, de «cette génération des M. qui datait un peu» avec les Mauriac, Malraux, Montherlant. «Un auteur dont l’apparence si parfaitement lisse et convenable semblait se confondre avec sa littérature trop sage.»  Et elle aurait décliné si Naquet ne lui avait pas mis entre les mains une boîte à chapeaux avec la mention Ladies: l’ensemble de la correspondance de l’écrivain avec les femmes de sa vie. «Ainsi le plus sage des M. avait-il eu lui aussi sa part d’aventures!» Ces lettres constitueront la matière première d’Il n’y a qu’un amour (Grasset, 2003).

L’alliage du rêve et de la vérité

Parmi toutes les figures artistiques ou littéraires auxquelles Dominique Bona s’est intéressée, celle qui a peut-être le plus compté, avec Camille Claudel, c’est Berthe Morisot (1841-1895). La femme au bouquet de violettes de Manet qui la peint toujours vêtue de noir alors qu’elle-même, dans sa propre peinture, préférait le blanc. «C’est ce contraste qui est à l’origine de ma biographie de Berthe Morisot. C’est ce choc des couleurs. Comment réconcilier le blanc et le noir?» D’autant qu’en art aussi bien que dans sa vie, celle qui avait épousé le frère de Manet n’a poursuivi qu’un seul but, être elle-même, suivre sa propre voie.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

CultureArticleLibre

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Bâle - Aesch - Tschöpperli - Blattepass - Blauepass - Mätzlerlechrüz – Laufen – Laufon - Röschenz - Huggerwald - La Réselle - Soyhières - Vorbourg - Delémont – Develier.

Guy Mettan

Balade chez les anthroposophes de Dornach

CultureArticleLibre

Balade chez les anthroposophes de Dornach

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Welschenrohr - Hunter Brandberg - Obere Tannmatt - Scheltenpass - Hohe Winde - Kloster Beinwil - Meltingerberg Bergwirtschaft - Meltingen – Ibach – Chessiloch – Grellingen – Dornach.

Guy Mettan

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

CultureArticleLibre

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse romande à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Le Landeron - La Neuveville - Gléresse (église) - Douanne - Alfermée - Bienne - Gorges du Taubenloch - Frinvillier - Plagne - Montagne de Romont - Stierenberg – Untergrenchenberg - Pré-Richard - Court - Gorges de Court - Moutier - Cabane du Mont-Raimeux - Le Petit Pré - Corcelles - Gänsbrunnen - Welschenrohr.

Guy Mettan