Réservé aux abonnés

La genèse de Mai 68

Yves Tenret

Par Yves Tenret · Publié le 27 avril 2018 · 14 min de lecture

La genèse de Mai 68
Cette année, en 68, certains jeunes étaient sur le terrain, ils ont maintenant publié des livres sur leur vécu et Yves Tenret les a interviewés à ce sujet. Ce qui suit est donc un mélange de leurs vécus, de leurs analyses et de sa propre expérience. - © DR

Cette genèse n’a eu lieu ni dans des universités parisiennes ni dans des locaux de groupuscules gauchistes du haut de Belleville mais bien en province et au sein d’une mouvance informelle. Dans les témoignages de cette mouvance radicale, ce qui revient tout le temps, c’est qu’il y avait de nombreuses personnes qui voulaient changer de vie mais qui ne voulaient absolument pas s’embrigader dans des mouvements déjà constitués et que l’influence des situationnistes et leurs critiques des mœurs, de l’aliénation dans la vie quotidienne, de leur «Ne travaillez jamais» fut pour eux fondamentale.

Sommaire

J’avais 20 ans en 1968 mais c’est seulement en 1971 que je rentrais de plain-pied dans toute cette problématique et ceci en lisant d’un coup les douze volumes reliés de la revue de l’Internationale situationniste. D’autres que moi étaient, dans la deuxième partie des années 60, sur le terrain. Cette année, certains d’entre eux ont publié des livres sur leur vécu et je les ai interviewés à ce sujet. Ce qui suit est donc un mélange de leurs vécus, de leurs analyses et de ma propre expérience.

La province

Il y a eu partout, entre autres à Strasbourg, Nantes, Lyon et Bordeaux, à Lausanne ou à Bruxelles même, des individus, des réseaux, des revues et des groupes radicaux dont les positions et les activités ont été largement occultées. Anarchistes non fédérés, communistes libertaires, conseillistes, communistes de gauche, sympathisants d’ultragauche, situationnistes et apparentés, voyous désœuvrés, trimards lyonnais, katangais banlieusards du neuf-trois, chez tous, la révolte grondait.

De 1968 en France, on ne retient en général que des clichés chocs ou chics: les barricades au Quartier latin, les voitures qui brûlent, la pénurie d’essence, les soixante-huitards baba cool et ceux qui ont depuis fait carrière: les Bernard Kouchner et les Serge July. On oublie que Mai 68 n’a été que le point culminant d’un mouvement de révolte des ouvriers et des jeunes qui a débuté bien avant le mois de mai 1968 et s’est prolongé largement au-delà, que ce mouvement a été très actif loin de la capitale française et que les étudiants n’en ont été que la composante la plus visible, tout comme les groupuscules maoïstes et trotskistes.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

GéopolitiqueArticle

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

De tout temps, dans la galerie des puissants, il y eut les taiseux obstinés et les bavards virevoltants. Donald Trump fait mieux. Il se veut le sorcier qui touille dans la marmite brûlante de ses colères et de ses désirs. Il en jaillit toutes sortes de bizarreries. L’occasion de s’interroger: quand le verbe se nourrit de lui-même que devient l’action?

Jacques Pilet

Notre dernière édition avant la fusion

PhilosophieArticle

Notre dernière édition avant la fusion

Dès le vendredi 3 octobre, vous retrouverez les articles de «Bon pour la tête» sur un nouveau site que nous créons avec nos amis d’«Antithèse». Un nouveau site et de nouveaux contenus mais toujours la même foi dans le débat d’idées, l’indépendance d’esprit, la liberté de penser.

Bon pour la tête

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

GéopolitiqueArticle

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

Il arrive que le verrou des non-dits finisse par sauter. Ainsi on apprend au détour d’une longue interview dans la NZZ que le F-35 a été choisi pas tant pour protéger notre ciel que pour aller bombarder des cibles à des centaines, des milliers de kilomètres de la Suisse. En clair: pour se joindre de facto à l’OTAN dans un conflit généralisé. Qu’il en a rêvé, de cet avion, le commandant de l’aviation Peter Merz, surnommé Pablo par ses potes…

Jacques Pilet

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

GéopolitiqueLu ailleursLibre

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

Malgré la présence avérée de substances chimiques éternelles dans les sols, l’eau, la nourriture et le sang de la population, Berne renonce à une étude nationale et reporte l’adoption de mesures contraignantes. Un choix politique qui privilégie l’économie à court terme au détriment de la santé publique.