L’Inde est-elle le premier pays à avoir vaincu la pandémie?

Bon pour la tête

Par Bon pour la tête · Publié le 24 décembre 2021 · 3 min de lecture

L’Inde est-elle le premier pays à avoir vaincu la pandémie?
Vaccination contre le Covid-19 à Bhopal (Madhya Pradesh) dans le centre de l'Inde. - © Suyash.dwivedi

Les chiffres sont vraiment étonnants. Depuis fin novembre, l'Inde enregistre moins de 10’000 nouvelles infections au coronavirus par jour — la dernière moyenne sur sept jours était de 8’500. Des études montrent que la majorité des 1,4 milliard d'habitants du pays ont déjà développé des anticorps contre le virus. Le virologue Jacob John, professeur émérite au Christian Medical College de Vellore, dans le sud de l'Inde, est convaincu que l'Inde est le premier pays au monde à avoir vaincu la pandémie et à être passé à la «phase endémique». «Cette phase est atteinte lorsque les nouvelles infections se stabilisent à un faible niveau», explique John.

Claudia Ehrenstein, dans Die Welt


Et c’est précisément à ce stade que l’Inde se trouve actuellement. Du point de vue allemand, cette évolution tient du miracle. Il y a à peine six mois, un nouveau cas de Covid sur trois dans le monde était signalé en Inde. Au plus fort de la pandémie en Inde, plus de 400’000 personnes ont été infectées chaque jour; le 6 mai 2021, 414’433 cas ont été enregistrés, ce qui constitue un record. Mais le nombre de cas a diminué aussi rapidement et radicalement qu’il avait augmenté. Le Covid-19 n’est plus un sujet de préoccupation, du moins actuellement. On organise même à nouveau de grandes fêtes, avec des feux d’artifice et des foules. Plusieurs raisons expliquent que l’Inde soit aujourd’hui en si bonne position par rapport à l’Allemagne et à d’autres pays européens. Ainsi, le gouvernement indien a misé dès le printemps 2020 sur le développement rapide de son propre vaccin. En janvier 2021, la substance active a reçu une autorisation d’urgence et la campagne de vaccination a pu commencer. Entre-temps, plus de la moitié des adultes indiens ont été vaccinés une fois et plus d’un quart ont reçu une deuxième injection. Pour immuniser la population, le pays a pu s’appuyer sur une infrastructure de campagnes de vaccination antérieures contre la poliomyélite et la rougeole.

En février 2021, le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré que la lutte contre le coronavirus était déjà gagnée, ce qui s’est avéré être une erreur d’appréciation dramatique peu de temps après. En mars, une deuxième vague s’est développée et a frappé le pays de plein fouet. Contrairement à la première vague, le gouvernement a toutefois renoncé à imposer un couvre-feu national, laissant à chaque Etat le soin de décider de la nécessité d’un lockdown.

«Les mois d’avril, mai et juin 2021 ont été extrêmement difficiles et tristes pour l’Inde», explique le virologue Jacob John. Mais à long terme, cette situation dramatique a eu un effet positif: à Delhi, presque tout le monde a été en contact avec le coronavirus. Une étude réalisée en octobre montre que 97% des habitants ont des anticorps dans le sang. John estime qu’au cours des mois de la première vague, environ 30% des Indiens ont été infectés par le virus et ont développé une immunité. Lors de la deuxième vague, 60% supplémentaires sont entrés en contact avec l’agent pathogène. Ensemble, cela représente 90%, ce qui correspond à ce que l’on appelle l’immunité grégaire et qui, selon John, est une condition préalable au passage à la phase endémique.

C’est donc la combinaison de la vaccination et du contact direct avec le coronavirus qui permet à l’Inde d’enregistrer actuellement un nombre de cas aussi faible. Toutefois, la démographie du pays joue également un rôle important. Contrairement à l’Allemagne, où une personne sur cinq est âgée de plus de 65 ans, ce chiffre ne représente que 6,5% de la population indienne. En revanche, plus de 25% des Indiens ont moins de 15 ans – chez eux, l’évolution d’une infection à coronavirus est généralement légère ou passe inaperçue. Une troisième vague n’est pas en vue en Inde. C’est pourquoi le gouvernement ne prévoit pas de booster le vaccin pour le moment et n’a pas non plus commandé de nouveaux vaccins. Pendant ce temps, l’Allemagne et d’autres pays européens continuent de miser avant tout sur la vaccination pour obtenir une immunité de groupe. Le virologue John met en garde contre le fait de laisser de côté les moins de 18 ans. Sans immunisation, ils constitueraient un réservoir de virus. «Les vaccinations devraient être étendues aux enfants», conseille John. Cela permettrait d’accélérer la fin de la pandémie en Europe également.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Pourquoi est-il si difficile de dresser le bilan de la période Covid?

SantéEntretien

Pourquoi est-il si difficile de dresser le bilan de la période Covid?

La crise sanitaire s’est terminée il y a quatre ans seulement. Pour la majorité de la population et des élus, c’est de l’histoire ancienne. Inutile d’y revenir. Un tel oubli collectif après une période si violente sociétalement ressemble à s’y méprendre à une amnésie traumatique. Et comme dans le cas des traumas individuels, l’inconscience est un moyen efficace de défense.

Mike Wyniger

De nouvelles révélations font vaciller un peu plus Anthony Fauci

SantéEnquête

De nouvelles révélations font vaciller un peu plus Anthony Fauci

Depuis un mois, les Etats-Unis vivent au rythme de la publication des archives d'Anthony Fauci. A la manœuvre: le sénateur républicain Rand Paul. Le 29 juillet, l'homme qui fut le visage de la riposte américaine au Covid a invoqué 111 fois le cinquième amendement pour ne pas répondre aux questions du Sénat. Trois vagues de publication ont suivi, dont la dernière très récente. La presse francophone s'est très peu intéressée à l'affaire jusqu'à présent.

Martin Bernard

L’hantavirus, vieux compagnon des armées

HistoireArticle

L’hantavirus, vieux compagnon des armées

Le cluster découvert sur le navire de croisière MV Hondius a mis en lumière, à la faveur d’un traitement médiatique rappelant un peu les débuts du Covid, l’existence de l’hantavirus des Andes. En fait, les hantavirus accompagnent les armées du monde entier depuis un siècle. Une étude académique, publiée en 2020, en tirait des conclusions stratégiques pour les Etats-majors.

Martin Bernard

Dérives et défaillances d’un système de santé sous influence

SantéArticleLibre

Dérives et défaillances d’un système de santé sous influence

Médicaments au rapport bénéfice/risque défavorable, recommandations émises sans preuves solides, dommages infligés aux patients, gaspillage de ressources: comment expliquer les défaillances persistantes des institutions chargées d’encadrer les politiques de santé? Enquête sur un système fragilisé jusque dans ses fondements, et sur les outils pour en dévoiler les mécanismes cachés.

Catherine Riva et Serena Tinari