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L’histoire trafiquée des «juges étrangers»

Denis Masmejan

Par Denis Masmejan · Publié le 2 juillet 2017 · 6 min de lecture

En plein débat sur un accord-cadre avec l’UE, l’UDC fait campagne contre toute intrusion de la Cour de justice européenne en invoquant le spectre des «juges étrangers à nos vallées». Mais les «juges étrangers» relèvent pour l’essentiel du mythe. Ils ne sont mentionnés que dans le pacte de 1291 et dans celui de 1315, plus jamais ultérieurement. Ils n’ont été considérés comme un trait constitutif de l’identité suisse qu’à partir des années 1920, dans le contexte de la «Défense spirituelle». A la fin du XIIIe siècle, le seigneur s’entourait d’ailleurs toujours de gens du lieu pour juger.

Sommaire

Quel écolier ne l’a-t-il pas appris? En 1291, les Waldstätten (Uri, Schwytz, Unterwald, les trois cantons primitifs) ont fait le serment de ne plus se soumettre à des juges étrangers à leurs vallées. C’est même écrit en latin dans le pacte qui, selon la tradition, donne naissance à la Suisse.

Dans cette vision historique largement rebattue, les juges étrangers, ce sont les baillis habsbourgeois. Ils sont accusés d’avoir mené la vie dure aux petits paysans d’Uri, Schwyz et Unterwald. La conjuration de ces rudes montagnards était un acte de résistance à l’oppression, le début d’un sentiment national.

Casser la «sujétion» aux juges de Strasbourg

Plus de sept siècles se sont écoulés, et les «juges étrangers» sont revenus dans le débat. Pour l’UDC, la question est même centrale. Le parti a fait aboutir l’an dernier une initiative au titre évocateur: «Le droit suisse au lieu des juges étrangers». Les citoyens seront appelés à voter dans un proche avenir.

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Martin Bernard