Et si Joël Dicker était plus qu’un romancier-à-succès?


Sous les dehors d’un polar à l’américaine pastichant plus ou moins les séries du genre, le nouveau roman du jeune écrivain «cultissime», captivant autant que le premier et moins convenu que le suivant, cache autre chose qui relève d’une perception plus pénétrante de la réalité tragi-comique de notre monde.
Sommaire
On sort de la lecture de La Disparition de Stephanie Mailer avec l’impression d’émerger d’une espèce de magma d’images et de visages, de visions et de voix, d’intrigues humaines et de secrets emboîtés les uns dans les autres comme des poupées russes, de scènes et de situations renvoyant aux situations et aux scènes d’autant de récits plus ou moins policiers de l’époque, entre autres séries dont la matière et la dramaturgie souvent stéréotypées constitueraient ce qu’on pourrait dire l’hypertexte des temps qui courent: on est encore sous le coup, comme les deux ou trois protagonistes attachants arrivés au bout de ce qui est pour eux autant une quête qu’une enquête, on reste assez sonné par la révélation finale de l’affaire, mais ce qu’il reste de cette lecture n’a rien de conventionnel (on a trouvé le coupable, ouf, passez lui les menottes, lisez-lui ses droits, etc.), plutôt concentré sur une dernière impression à la fois obscure et claire – la dernière impression d’une lecture est toujours la bonne – selon laquelle ce roman serait autre chose qu’un polar à l’américaine de plus…
De la graphomanie en promotion mondiale
Les aspirants écrivains font florès dans les romans de Joël Dicker, et cela ne s’arrange pas dans La Disparition de Stephanie Mailer, où celle-ci, journaliste de talent virée de la Revue littéraire de New York, style New Yorker en déclin, rêve de se faire un nom en tant qu’écrivain au même titre que l’ancien chef de la police d’Orphea, où se passe le roman, qui se pose en dramaturge génial autoproclamé; à ceux-là s’ajoutant un critique littéraire à la fois monumental, grotesque et touchant, ou ce directeur de revue, quinqua pathétique, que manipule une arriviste sans cœur et sans talent autre que celui de vilipender sa rivale plus douée.
Joël Dicker, fils de libraire genevoise, est un garçon trop bien élevé pour attaquer les monstres de front, ou peut-être est-il plus retors qu’on ne le croirait? Toujours est-il qu’on se rappelle, au rayon russe du grand magasin Littérature, que toute le monde écrivait dans l’entourage de Tolstoï: tous à s’épancher sur leur cher journal intime!




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