Couleurs du temps retrouvé

S 'ouvrir à la surprise de la redécouverte littéraire, artistique; changer de longueurs d’onde, prendre du champ, bref: se montrer in#actuel. Autrement dit, indocile. Une autre façon encore d’aborder l’actualité.
Lorsqu’on regarde les photographies des combats de la Première Guerre mondiale, des tranchées de Verdun et du Chemin des Dames, ou, plus près de nous, des camps de la mort, elles sont, comme on le sait, le plus souvent en noir et blanc. Au point qu’il nous est bien difficile aujourd’hui d’imaginer que le ciel au-dessus d’Auschwitz, comme une insulte aux victimes, pouvait être bleu et que, sur les branches des arbres du bois Belleau épargnées par la mitraille et les éclats d’obus, les feuilles étaient vertes, neuves encore du printemps tout proche. Et que dire des rares images de la guerre de Crimée et de la guerre de Sécession, dues aux tout premiers reporteurs de guerre? Il est plus mal aisé encore de se représenter par la pensée les taches colorées formées par les soldats dans leurs uniformes chatoyants tombés sur les champs de batailles. Mais pas seulement.
Sur le champ de bataille de Gettysburg, Pennsylvanie, juillet 1863 © The Colour of Time
Combien on aurait aimé assister à la construction du Transsibérien, voir la Sarah Bernhardt de quarante ans au faîte de sa beauté dans le rôle de Théodora de Victorien Sardou (1884) ou les costumes du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky lors de sa création par les Ballets russes au Théâtre des Champs-Elysées en 1913. Ces trois derniers exemples ne sont pas donnés au hasard. Ils proviennent de l’étonnant ouvrage The Colour of Time A New History of the World 1850-1960. Le journaliste britannique Dan Jones y déroule un siècle de l’histoire du monde à partir de l’extraordinaire travail de colorisation réalisé par Marina Amaral, une toute jeune Brésilienne – elle n’a pas vingt-cinq ans. Au total quelques 200 images qui sont le véritable sujet du livre, dont l’immense mérite n’est rien moins que nous donner à voir autant de mondes perdus, de nous les restituer dans une sorte d’éternel présent.




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