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Comment s’est enflammée l’utopie

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 29 octobre 2017 · 7 min de lecture

Comment s’est enflammée l’utopie
© Twitter John Deuf

La politique est un théâtre où les discours décollent souvent de la réalité, où se brassent les mythologies. On s’y fait, plus ou moins dupes. Mais là, en Catalogne, les leaders indépendantistes ont poussé le jeu à un paroxysme inimaginable. Ils ont créé, cultivé et imposé la fiction d’un nouvel Etat sans égards à la diversité des opinions, au cadre légal existant, aux réalités économiques. La bulle se dégonfle de jour en jour. Au sein même de ce camp, des voix s’élèvent maintenant pour dire que cet emballement était irréaliste. Mais comment a-t-on pu en arriver là? Sans refaire toute l’histoire, on peut s’arrêter à un aspect de la tragi-comédie qui donne à penser bien au-delà de la Catalogne. Les partisans de la sécession ont utilisé deux armes pour échauffer l’opinion ces dernières années: la télévision et l’école. Et face au déferlement de la propagande, non seulement le pouvoir espagnol mais aussi les médias de Madrid n’en ont pas pris la mesure à temps.

Avec la Constitution de 1978, l’Espagne a donné à plusieurs régions un statut d’autonomie élargi. Avec des compétences étendues: un parlement, un gouvernement, une police, des finances propres et deux domaines-clés, l’école et la télévision régionale.

Les pouvoirs catalans n’ont cessé de demander plus d’autonomie, avec plus ou moins de succès. Mais le projet de l’indépendance totale est récent. Ces dix dernières années, divers groupes minoritaires, de droite et de gauche ont fait monter la passion nationaliste et ont entraîné les modérés, en particulier dans la bourgeoisie au pouvoir, toute heureuse que le sujet éclipse les scandales de corruption et les fossés sociaux.

Pour gonfler le soufflé, le «Parlament» a utilisé deux armes d’une efficacité époustouflante: la télévision et l’école.

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