Réservé aux abonnés

Au cœur du revivalisme américain

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 24 mars 2023 · 3 min de lecture

Au cœur du revivalisme américain
Le siège de General Motors à Detroit. - © G.M.

S’il est une ville qui ne ressemble pas au cliché américain, c’est bien Detroit. Ici, pas de Silicon Valley flamboyante, de géants de la tech courtisés par les caméras, d’universités prestigieuses de la Ivy League, de riches ghettos pour retraités aisés ou de galeries branchées pour papier glacé. Juste un univers de béton et de verre froid, de rues désertes et venteuses, de banlieues interminables, d’usines à demi abandonnées, de hangars à la recherche de locataires et de quartiers déshérités tapissés de maisons en ruines...

Et pourtant, une fois passée la première impression, cette ville n’est pas sans charme ni sans potentiel. C’est en tout cas l’avis des trois entrepreneurs que nous avons rencontrés, Ron Sloane, manager de la filiale du groupe bernois Güdel (une centaine d’employés, 60 millions de chiffres d’affaires, spécialisée dans le laminage de précision et la gestion de chaînes de production industrielle), Frank Muller, consul honoraire de Suisse et patron d’Exlterra, une start-up spécialisée dans la gestion hydrique et la réhabilitation des sols à l’aide de tubes et de foreuses, et John Turrettini, avocat chez General Motors. 

Tous trois confirment la renaissance de la ville depuis une dizaine d’années. Il faut dire que celle-ci revient de loin. Aucune ville au monde n’a atteint un tel sommet et connu une telle chute aussi rapidement. Pendant quatre décennies, grâce aux usines Ford et General Motors, Detroit a vécu l’ivresse du succès industriel avant de sombrer. Entre 1950 et 2000, elle perd les deux tiers de sa population, soit un million d’habitants; en 1967, elle est frappée par les émeutes raciales les plus sanglantes du pays tandis que la corruption, la drogue et le chômage prolifèrent; les fermetures d’usines et de commerces s’enchaînent tandis que les immeubles du centre-ville et des quartiers entiers sont abandonnés; enfin le fond du trou est atteint en 2013 avec la mise en faillite de la ville. De capitale industrielle du pays, la ville est devenue la capitale des villes naufragées.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Comment l’Inde a transformé le monde

CultureArticle

Comment l’Inde a transformé le monde

«La Route de l’Or», de William Dalrymple, qui vient de paraître aux Editions Noir sur Blanc, raconte la période durant laquelle l’Inde ancienne a étendu son empire intellectuel et économique, tant à l’Est qu’à l’Ouest. Et comment celui-ci a décliné, en partie parce que les Indiens ont donné aux Européens la science des mathématiques.

Patrick Morier-Genoud

Iran: la défaite que Washington refuse d’admettre

GéopolitiqueArticle

Iran: la défaite que Washington refuse d’admettre

Six mois après le début de la guerre contre l’Iran, la victoire annoncée par Washington paraît toujours plus difficile à discerner. Programme nucléaire toujours incertain, arsenal balistique préservé, détroit d’Ormuz sous pression et régime consolidé: loin d’avoir imposé ses conditions à Téhéran, les États-Unis se retrouvent engagés dans un conflit dont l’Iran semble avoir mieux maîtrisé les ressorts militaires, économiques et politiques. Une guerre qui pourrait bien avoir révélé les limites de la puissance américaine.

Hicheme Lehmici