L’OMS, cette proie si facile!

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 29 avril 2020 · 3 min de lecture

L’OMS, cette proie si facile!
Vidéo conférence des ministres de la santé chinois, singapourien, japonais et sud-coréen dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 le 28 mars à l'Organisation Mondiale de la Santé - © WHO via Twitter

Monstre bureaucratique, inefficace, trop lente, trop rapide, elle fait un bouc émissaire idéal. Depuis que le président Trump, qui niait la gravité du coronavirus tant qu’il frappait ses adversaires chinois et iranien, a tourné sa veste et décrété que le virus, qui s’attaquait désormais à son pays, était «chinois» et que l’OMS avait tardé à le reconnaitre pour ménager Pékin, les attaques contre l’organisation onusienne se sont mises à pleuvoir de tous côtés. Qu’en est-il exactement? L’OMS est-elle vraiment à la solde des Chinois et a-t-elle failli?

Les faits d’abord. Contrairement à la réécriture du film actuellement en cours, on sait que la Chine a mis quatre semaines, entre fin novembre et fin décembre, pour repérer et identifier les premiers malades comme porteurs d’un virus potentiellement contagieux et prendre les premières mesures sanitaires. Que l’OMS a mis trois semaines, en pleine période de fêtes, entre le 31 décembre, jour du premier signalement, et le 23 janvier, pour prendre connaissance, investiguer et décréter le stade épidémique. Et que nos gouvernements, pourtant dûment avertis par les reportages des médias et par l’OMS, ont attendu deux mois de plus, jusqu’au 15 mars, pour prendre les mesures urgentes nécessaires! Qui a fait juste, qui a fait faux, à vous de juger…

Rappelons aussi que décréter une épidémie est un enjeu aussi bien sanitaire que commercial. En 2009, lors de la crise H1N1 (18’000 morts au total), l’OMS, alors dirigée par Margaret Chan, avait été à juste titre critiquée parce qu’elle avait décrété l’épidémie trop tôt, sous l’influence d’un comité d’experts proches des industries pharmaceutiques, et qu’elle avait de ce fait déclenché une course aux vaccins et aux traitements se chiffrant par dizaines de milliards de dollars dépensés en vain… Mais en 2015, avec Ebola, on lui a fait le reproche inverse: alors que ce virus décimait les zones rurales pauvres d’Afrique dans une indifférence totale puisque les malades n’étaient pas solvables, quelques cas sont apparus en Occident, déclenchant aussitôt l’alerte générale et un déluge de reproches sur l’OMS qui n’avait pas réagi à temps… 

Rappelons enfin que l’OMS n’est qu’un reflet de la société internationale et que si elle a un biais, c’est plutôt en faveur des Etats-Unis et de l’Europe. Le budget de l’OMS est de moins de 6 milliards de dollars, soit à peine trois fois le budget du CHUV pour gérer l’ensemble de la santé mondiale! La Chine y contribue pour 19 millions de cotisations et 86 millions à titre de contribution volontaire. Les Etats-Unis versent respectivement 59 millions et 893 millions. A quoi s’ajoutent les milliards de la Fondation Bill Gates et du Fonds mondial. On voit tout de suite qui tient le couteau par le manche, sachant que les contributions volontaires sont à bien plaire et affectées selon les priorités du payeur. 

A la fin des années 1990, les Etats-Unis se sont ainsi opposés à la publication d’un rapport sur le cannabis qui aurait pu menacer leur politique d’ingérence en Amérique du Sud sous couvert de lutte contre le narcotrafic. En 2003, c’est au tour d’un rapport sur les méfaits du sucre d’être violemment combattu par les multinationales américaines. Il faudra 15 ans de luttes pour faire ré-émerger le problème. A la même époque, les Etats-Unis s’opposent vigoureusement à une tentative de mettre de la transparence dans les ONG et pseudo-ONG qui mènent un lobbyisme effréné auprès d’elle. La Suédoise en charge du dossier finira par jeter l’éponge sans résultat. Quant à Margaret Chan, directrice de 2007 à 2017, elle n’a pas été surnommé la Chinoise Canada Dry pour rien: née à Hong Kong et de nationalité canadienne, elle n’a donc pas influencé l’OMS en faveur de la Chine malgré son nom… Après le regretté Hafdan Mahler, directeur jusqu’en 1988, l’OMS est devenue un jouet des pays riches (cf. l’excellente enquête d’Arte à ce sujet). Mais il est vrai que depuis 2017, avec l’Ethiopien Tedros à sa tête, l’OMS tient davantage compte des intérêts des 80% de la population mondiale non-occidentale et que cela peut gêner certains. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Libye, le pays qui ne veut pas naître

GéopolitiqueArticle

Libye, le pays qui ne veut pas naître

Le pays le plus riche du Maghreb est aussi celui qui refuse, depuis quinze ans, d’exister en tant qu’Etat. Dans une impasse constitutionnelle délibérément entretenue, deux gouvernements rivaux se disputent un territoire fragmenté en féodalités armées. Pendant que les chefs de guerre se partagent les revenus pétroliers, des citoyens n’ont pas les moyens de se soigner. Pire, Washington, désormais, lorgne l’or noir libyen.

Sid Ahmed Hammouche

Comment les Etats-Unis tentent de faire main basse sur le magot énergétique mondial

ÉconomieArticle

Comment les Etats-Unis tentent de faire main basse sur le magot énergétique mondial

Derrière les conflits récents, de l’Ukraine au Moyen-Orient, se joue une bataille bien plus vaste: celle du contrôle des ressources énergétiques mondiales. Depuis plus d’une décennie, Washington avance ses pions pour consolider sa domination, au prix d’un enchaînement de crises et de déstabilisations. Une stratégie désormais assumée et aux conséquences globales. Premier épisode d'une série d'articles.

Guy Mettan

Comment la Chine est devenue le nouveau leader technologique du monde

ÉconomieArticle

Comment la Chine est devenue le nouveau leader technologique du monde

A Pékin, des robots humanoïdes exécutent des chorégraphies martiales avec une précision saisissante. Derrière le spectacle du Nouvel An chinois, une réalité s’impose: en deux décennies, la Chine s’est hissée au sommet de la hiérarchie technologique mondiale. Recherche scientifique, intelligence artificielle, transition énergétique, spatial… L’Empire du Milieu ne se contente plus de rattraper l’Occident, il redéfinit les équilibres.

Hicheme Lehmici