Ecolos, collabos!

Anna Lietti

Par Anna Lietti · Publié le 14 janvier 2019 · 2 min de lecture

Ecolos, collabos!
© 2018 Bon pour la tête / Pascal Parrone

Non, le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît tous les mois dans 24heures. Excepté le dessin de Pascal Parrone, en exclusivité pour Bon pour la tête.

Est-il juste de laisser le lion manger la gazelle? Non, ce n’est pas juste. Pas plus que de laisser l’homme manger l’agneau. Si l’on veut combattre la souffrance animale, il faut traiter à égalité tous les prédateurs, humains ou non. Pour les défenseurs d’une alimentation non carnée, c’est «la seule attitude crédible.»

J’aime les gens qui ont de la suite dans les idées. J’ai donc regardé jusqu’au bout une vidéo griffée «I am Vegan TV» qui circulait récemment sur Facebook: David Olivier, co-auteur de La révolution antispéciste, y tenait les propos résumés ci-dessus. Fort cohérents, à défaut d’être réalistes. Bien sûr, ce militant de l’égalité interespèces n’avait pas de plan immédiat pour convertir les lions au régime quinoa. Mais, disait-il, le projet d’avenir, c’est bel et bien de changer la nature.

Sur le moment, plus amusée qu’autre chose, je n’ai pas réfléchi aux abyssales conséquences de cette affirmation. Une tribune dans Le Monde m’y rend attentive. Le politologue Paul Ariès, que David Olivier n’amuse pas du tout, y éclaire une réalité peu connue: l’antispécisme, en tous cas celui des fidèles à son «pape» Peter Singer, est antinomique avec l’écologie, puisqu’il considère que la nature est mal faite.

David Olivier, lui, a carrément la haine. Plus crument que dans la vidéo facebookienne, il l’exprime dans son manifeste «Pourquoi je ne suis pas écologiste»: la nature, dit-il en substance, est une mère abusive, dont l’«ordre» est pétri de violence et de mort, basé sur la sélection et la loi du plus fort. Fasciste, en somme. Et Olivier de s’étonner: comment les écologistes peuvent-ils se dire de gauche? «L’écologisme à la Pétain, à la Hitler me paraissent plus logiques.»

Chers écologistes, le saviez-vous? Aux yeux de David Olivier, vous n’êtes en somme que des collabos. Vous pensez que le lion peut manger la gazelle car l’important est de sauvegarder l’espèce. Lui, il a de la compassion pour la gazelle en tant qu’individu et vomit votre utilitarisme cynique de défenseurs de la biodiversité.

Selon Paul Ariès, vous êtes aussi, chers écologistes, «les idiots utiles» d’un mouvement végan qui entretient la confusion sur vos liens pour cause d’agenda caché. Ses vœux pour 2019 et la suite? Quelque chose entre la modification génétique des espèces et la réduction massive des effectifs.La gazelle en moi tombe des nues. La lionne ne dormira plus que d’un œil.

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