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Philippe Rahmy nous a planté sa terrible Amérique au cœur

JL K

Par JL K · Publié le 6 septembre 2018 · 7 min de lecture

Philippe Rahmy nous a planté sa terrible Amérique au cœur
© 2018 Bon pour la tête / Matthias Rihs

Un an après sa mort subite, Philippe Rahmy reste très intensément présent dans l’espèce de chronique-reportage-confession-poème que constitue «Pardon pour l’Amérique», récit flamboyant d’une enquête exploratoire à l’envers du décor de la téléréalité selon Donald Trump, avec les paumés qui ont élu le Président-Ubu, les laissés pour compte et tous ceux que l’écrivain en chaise roulante rencontre entre parloirs de prisons et plantations, motels et routes au bout de nulle part. Un livre-testament poignant et tonique, qui fera date.

Sommaire

Était-ce un ange aux ailes brisées ou un cinglé, une espèce de saint à roulettes ou un athlète cognant avec des mots la vie qui l’aura cassé plus souvent qu’à son tour? De quelle terrifiante fragilité lui est venue cette force? Comment, de la douleur éprouvée dans ses os de verre, a-t-il tiré cette énergie de fer?

Telles sont, entre autres, les questions que ceux qui ont suivi, par ses écrits, le parcours de Philipe Rahmy, n’auront cessé de se poser et plus encore, un an après la mort qui l’a touché au cœur, à la lecture de Pardon pour l’Amérique où l’on pourrait dire qu’il est allé au bout de la nuit du monde et de ses jours à lui, dans une espèce de frénésie joyeuse à dire le pire, autant que son contraire, dans cette Amérique précisément binaire qu’il sillonne en grande pompe nickelée à deux mille dollars ou sur son fauteuil à deux roues d’handicapé hyperactif. 

Son projet? Entre autres: rencontrer les personnes indûment incarcérées aux USA, puis libérées (ou pas) après avoir été innocentées par un test ADN. «J’ai traversé l’Atlantique pour les voir, les écouter», note-t-il au début de son récit en constatant que ledit projet patine: «Concentré de gâchis. Après avoir noué contact par internet, je n’ai trouvé que silence, personne, non merci, rien, des terrains vagues et des relais routiers où j’ai patienté sous le cagnard». 

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