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La passion de Ferdinand, Valentine et Daniel

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 27 août 2018 · 3 min de lecture

La passion de Ferdinand, Valentine et Daniel
C’est la passion de Hodler pour Valentine qui trouble le plus de Roulet. Cette Parisienne qui fut d’abord son modèle était d’une élégance physique et intime hors du commun. - © DR

Blocher aime montrer sa collection des Hodler aux journalistes. Ses paysages sans humains, ses guerriers virils… Une imagerie qui renvoie à une Suisse pure et vaillante. Ces lacs cent fois peints pourraient pourtant évoquer la contemplation universelle, mais c’est une autre histoire. L’œuvre de Ferdinand Hodler va pourtant bien au-delà. Le peintre bernois et genevois, devenu célèbre dans toute l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, a aussi représenté la femme avec une attention inouïe. Une femme surtout: sa maîtresse Valentine dont il a fait d’innombrables portraits, l’accompagnant tout au long de son agonie, jusqu’à son lit de mort. Une passion grandiose et tragique. Qui a fasciné, tout au long de sa vie, l’écrivain Daniel de Roulet. Il la raconte dans une lettre à Ferdinand Hodler où il révèle une part de lui-même. Un livre qui nous en apprend beaucoup et qui nous touche au creux de nous-mêmes: à la rencontre de l’érotisme et de la mort.

Sommaire

En filigrane de ce qui est plus qu’une biographie apparaît un personnage peu connu. Hans Mühlestein, un jeune homme qui admirait Hodler, le rencontra et le raconta. Un historien de l’art qui, dans les années 20 et 30, fut chassé d’Allemagne par les nazis, et venu en Suisse, y fut condamné à la prison ferme pour son appel à combattre aux côtés des républicains espagnols. Son livre sur Hodler ne parut en version complète qu’en 1983 à Zurich.

De Roulet évoque le parcours du peintre de la façon la moins scolaire qui soit. Par touches sensibles, par allers et retours. On devine son sourire complice quand il rappelle la réaction de la «bonne société» genevoise offusquée par l’œuvre majeure qui apporta la gloire à Hodler: «La Nuit». Ou lorsqu’«une gazette haineuse» de Zurich nourrit une polémique contre une vaste fresque consacrée à la bataille de Morat et celle de Marignan, jugée «pas assez patriotique». Un comble!

«La Nuit», Ferdinand Hodler 1889/1890 © DR

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