L’IA a besoin de philosophes, mais un diplôme fait-il un philosophe?

Igor Balanovski

Par Igor Balanovski · Publié le 17 juillet 2026 · 16 min de lecture

L’IA a besoin de philosophes, mais un diplôme fait-il un philosophe?
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Le cadre normatif est en pleine bascule. Les journaux américains, notamment «The Economist» et le «New York Times» illustrent le point d'entrée d’une des conversations les plus conséquentes du moment: les grands laboratoires d'IA recrutent des philosophes. Une nouvelle qui rend perplexes tant les ingénieurs que les philosophes de la spéculation. Mais que révèle cette tendance, et que devrait-elle changer dans la manière dont on choisit ses études?

Sommaire

«Tous les humains désirent par nature savoir», affirma Aristote dans la phrase d’ouverture de la Métaphysique. La philosophie première est, selon lui, la plus générale des sciences — la science des principes et des causes, la plus désintéressée et la plus libre de toutes, puisqu’elle n’est subordonnée à aucune autre.

Les deux articles récemment parus à quelques jours d’intervalle dans The Economist et le New York Times, ont plongé les réseaux sociaux dans l’ambiguïté. Parmi les diverses réactions, on trouve celles des supporters en quête de sens et ne craignant pas l’incertitude, ou encore celles de ceux qui sont à la chasse du sens et ne sont pas à l’aise avec l’incertitude, y compris les experts ayant ignoré les voies philosophiques tout au long de leur carrière. En fin de compte, rien ne coûte de s’instruire philosophiquement − c’est toujours une meilleure option que de subir la dissonance cognitive lors d’un événement vu comme étant «imprévisible». Le New York Times effleure une idée sans la formuler complètement, celle selon laquelle la «science du savoir» transmet les compétences les plus recherchées et les plus difficiles à identifier, les soft skills.

Ces articles illustrent un changement fondamental du cadre normatif actuel. Ils relèvent qu’il y a dix ans, on conseillait aux étudiants en lettres et en humanités d’apprendre à coder pour trouver un emploi, et que ce conseil était peut-être mauvais. Aujourd’hui, ce sont les programmeurs qui s’inquiètent pour leur emploi face à l’IA. L’article du NYT, intitulé «La revanche des diplômés en philosophie», rapporte que le taux de chômage des diplômés en philosophie aux États-Unis (5,1%) est désormais inférieur à celui des diplômés en informatique (7%), selon les données de la Fed de New York. Anthropic et Google DeepMind, à leur tour, emploient chacun au moins une demi-douzaine de philosophes en interne.

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