Ce que l’Aar prend, Thibaut Couturier le rend


Nager dans l'Aare est un rituel bernois. Y perdre ses affaires aussi. Chaque été, des milliers de Bernois confient involontairement à ce torrent turquoise leurs smartphones, leurs alliances et leurs clés. Thibaut Couturier, Français d'Auxerre, s'est donné pour mission de les récupérer en apnée, seul, au fond d'une rivière indomptable. Portrait d'un chasseur de trésors discret, dont le bureau des objets trouvés n'a pas d'adresse fixe, sinon le fond de l'Aare.
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Il est sept heures du matin, en plein été bernois, et Thibaut Couturier, 52 ans, pédale tranquillement jusqu’aux bains du Marzili. Dans son casier de bois, qu’il loue depuis six ans, toujours le même cérémonial l’attend: son néoprène, son masque préféré et un petit poisson en peluche qui fait office de mascotte. Il enfile sa combinaison, respire lentement, ajuste son masque. «C’est un rituel, dit-il. Une méditation, pour me concentrer avant d’entrer dans l’eau. Parce que l’Aar, il faut faire attention.»
Quelques minutes plus tard, il est dans le courant. L’Aar, à Berne, en juillet, peut atteindre des débits supérieurs à deux cents mètres cubes par seconde. La rivière vous happe, vous tourne, vous propulse. Il n’y a pas de seconde chance: une fois dans l’eau, on va où elle veut. Couturier, lui, descend. En apnée, sans bouteille, il s’enfonce dans les profondeurs de cette rivière turbulente pour y glaner ce que personne d’autre ne chercherait: des clés, des téléphones, des montres connectées, des bagues en or, des bracelets. Les objets que les baigneurs, les nageurs, les estivants bernois et de passage ont perdus en se jetant dans ce torrent turquoise qui traverse leur ville comme une artère vitale. Et parfois, au détour d’un galet, autre chose: une culotte, un portefeuille…
Ce que les rivières avalent
Chaque été, des milliers de personnes se jettent dans l’Aar. C’est un rituel bernois, presque un droit de passage: descendre la rivière en flottant sur le dos, bras en croix, sous le soleil, avant de ressortir au Marzili. On y vient avec un maillot, des lunettes, parfois un masque de plongée, souvent un peu trop confiant. Et parfois, on en ressort avec les poches vides. Littéralement. Le téléphone portable glissé dans le short de bain. Les clés de l’appartement coincées dans une poche qui ne ferme pas vraiment. La montre offerte pour un anniversaire, le bracelet hérité d’une grand-mère, l’alliance portée depuis vingt ans. L’Aar ne fait pas de distinction. Elle prend tout.




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