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La guerre, l’euphorie et l’effroi

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 12 juin 2026 · 14 min de lecture

La guerre, l’euphorie et l’effroi
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Les Européens ont toutes raisons de détester la guerre. Mais quelques-uns de leurs chefs paraissent fascinés par sa perspective. Le 14 juillet que prépare Emmanuel Macron en atteste. Outre les Français, des Britanniques, des Allemands et des Ukrainiens défileront ensemble, en présence d’Ursula von der Leyen. Ce vacarme, comme tant de discours de même tonalité, écrase les voix qui osent parler de négociations, de dialogue, de paix.

La cause invoquée de cette glorification des armes n’est pas crédible. Il est insensé d’affirmer que la Russie — affaiblie par son «opération militaire spéciale» qui tourne mal, les tensions au sommet, ses difficultés économiques, sa démographie, la lassitude de sa population qui n’aspire qu’à la paix, et durement frappée sur son propre sol — projetterait d’envahir l’Europe. De surcroît, Poutine, aussi critiquable puisse-t-il être, n’a jamais exprimé la moindre velléité d’avaler le Vieux Continent.

Les ardeurs bellicistes européennes ont tant d’autres motivations. Les trois leaders en pointe, Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer, qui viennent de se réunir à Londres en compagnie de leur ami Volodymyr Zelensky, tentaient ainsi de se réconforter. Leur cote politique, chez eux, est lamentable. Ils sont en fin de parcours, sous les huées de leurs rivaux et souvent de leurs proches. Faute d’autorité politique, ils titillent ce qu’ils croient être leur virilité. Ce vieux ressort de la guerre que célébrait Ernst Jünger en 1920 dans «Orages d’acier». La quête de l’affirmation de soi, de la fraternité virile dont parlait Simone Weil dans «L’Iliade ou le poème de la force» en 1940.

L’Europe en crise économique pour une grande part, en particulier dans les trois pays dirigés par ces va-t-en-guerre, l’Europe qui cherche à tâtons sa place entre les Etats-Unis et la Chine, l’Europe qui doute d’elle-même découvre, de surcroît, des divisions en son sein. Déjà entre les trois qui se pavanent dans une apparente unité (enterré, le projet d’avion de chasse européen!). Entre les pays qui misent à fond sur le surarmement à tout crin, au prix de milliards par centaines qui les endettent, au prix des fortunes qui filent dans l’opacité vers l’Ukraine, corrompue jusqu’à la moelle. Ceux qui renâclent mais suivent le mouvement général. Et ceux qui osent parler de détente, de pourparlers de paix, comme la Hongrie de l’après-Orbán, la Slovaquie, la Tchéquie et même la Finlande dont le président, Alexander Stubb, vient de déclarer qu’«il est temps de parler avec la Russie».

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Jacques Pilet