Comment les Etats-Unis ont mis sous tutelle le cinéma français

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Le festival de Cannes vient de refermer ses portes. Après le strass et les paillettes de la croisettes, une question lancinante se pose: pourquoi le cinéma américain occupe-t-il une place aussi écrasante dans nos salles, dans nos imaginaires et nos références ?

Pour répondre à cette question, il faut remonter à 1946. À ces quelques semaines de négociations à Washington où se joue, discrètement, quelque chose d’essentiel pour la France et pour l’Europe. Léon Blum, figure tutélaire de la gauche française, part aux États-Unis renégocier la dette de guerre. Il en revient avec les accords Blum-Byrnes, qui imposent des clauses léonines à la France sous prétexte de restructuration de la dette de guerre.

Parmi les clauses, une en particulier va transformer durablement le paysage culturel français : les salles de cinéma françaises ne seront désormais tenues de projeter des films nationaux que 4 semaines sur 13. Les neuf semaines restantes ? Ouvertes, grandes ouvertes, aux productions hollywoodiennes accumulées pendant les années de guerre et qui n’attendaient que ça.

La mobilisation du milieu du cinéma français est immédiate et massive. En janvier 1948, une grande manifestation réunit bien au-delà des seuls professionnels. Jean Marais, Simone Signoret et bien d’autres descendent dans la rue. La pression finit par porter ses fruits: en septembre 1948, les accords sont partiellement révisés, et surtout, une taxe spéciale additionnelle de 10,9 % est prélevée sur chaque billet vendu, alimentant un Fonds de soutien à l’industrie cinématographique. Ce système mit en place des aides automatiques calculées sur la base des recettes des films précédents des réalisateurs éligibles, jetant les bases du système organisé par le CNC. Il est à peu près admis que ce système joua un rôle considérable dans le maintien et le développement du cinéma français d’après-guerre. C’est ce mécanisme, né dans la résistance aux accords Blum-Byrnes, qui permet au cinéma français de survivre et qui constitue encore aujourd’hui le socle de son financement. 

C’est avec cet épisode fondateur qu’Annie Lacroix-Riz, historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à Paris VII, ouvre cette nouvelle série de chroniques mensuelles. S’appuyant sur ses travaux, et notamment sur son dernier livre consacré aux origines du Plan Marshall, elle déroule le fil d’une histoire qui n’est pas seulement celle du cinéma. C’est l’histoire d’une dépendance construite, négociée, inscrite dans les annexes des traités. Celle d’une tutelle américaine sur la France et l’Europe occidentale qui, sous couvert de reconstruction économique, redessinait aussi les contours d’un empire culturel.

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