La circulation des trains en gare de Lausanne a été perturbée après des tirs d’engins pyrotechniques, ce qui a excité les moralisateurs amateurs. Cela tandis que la SNCF interdit certains wagons aux enfants alors qu’il serait préférable de les interdire aux adultes. Bonne nouvelle: le glas du devoir conjugal sonne en France, ce n’est pas trop tôt.
Des supporters genevois de football ont mis le feu à des câbles à la gare de Lausanne, ce qui a créé de sacrées perturbations. Ça a eu lieu après une rencontre entre le Lausanne-Sport et le FC Servette. Si sur le terrain la rencontre s’est terminée par un match nul (3-3), les Genevois ont sans conteste gagné la partie au final: ils ont bien fait iech (c’est du verlan, ça sonne moins vulgaire) les Lausannois, en tout cas ceux qui voulaient prendre le train. Les agissements des supporters sont désolants, les commentaires sur les sites d’information aussi: «société en perte de repères», «laxisme endémique», «ça fait peur». Les moralisateurs à la petite semaine se sont déchaînés à coup de «c’était mieux avant». Voilà une phrase du théoricien français Guy Debord qui s’adresse, à mon avis, plus à eux qu’aux crétins amateurs d’engins pyrotechniques: «L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi: plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir.»
***
Dans les trains français, des wagons sont désormais interdits aux enfants, ceci afin de laisser travailler en paix les hommes d’affaires. Et après on s’étonne que lorsqu’ils grandissent, les mômes mettent le feu aux gares. Il y a de toute manière un grand malentendu concernant les enfants et l’éducation qu’il faudrait leur donner. Philosophie Magazine donne la parole à la philosophe Audrey Jougla, qui s’interroge: «Les adultes ne seraient-ils pas plutôt jaloux de la vitalité et de la spontanéité des enfants?» Ce que les adultes attendent des enfants, dans la majorité des cas, c’est qu’ils obéissent et se soumettent afin de devenir de bons businessmen ou de bons consommateurs. «C’est en ce sens que la sagesse attendue d’un enfant renvoie non pas à une sagesse liée à des connaissances mais à un savoir-vivre: un enfant capable de se comporter en société ou dans l’espace public à l’instar des adultes.» Bref, l’éducation consiste à faire des enfants des spectateurs au sens où l’entendait Guy Debord.






Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.