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Penser est une respiration révolutionnaire

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 31 janvier 2025 · 2 min de lecture

Penser est une respiration révolutionnaire

«Deleuze», un hors-série de Philosophie magazine, 132 pages.

Gilles Deleuze est né il y a cent ans (le 18 janvier 1925). Il est mort il y a trente ans (le 4 novembre 1995) et sa philosophie connaît depuis quelques années un nouvel engouement, c’est tant mieux. Philosophie magazine lui consacre un intéressant hors-série qui donne l’occasion aux néophytes d’avoir un aperçu des extraordinaires travaux de celui qui, avec notamment Michel Foucault et Jacques Derrida, fut en France le créateur de la philosophie postmoderne. Il y a par exemple plusieurs entretiens dans ce hors-série. Patrice Maniglier explique comment Deleuze proposait de «se régler sur le devenir et non pas sur l’être», Arnaud Bouaniche comment pour le philosophe, «le désir ne doit pas être compris par rapport à un manque qui le précède ou qu’il chercherait à combler, mais comme la conquête d’une intensité déterminée qui repousse un seuil d’intensité égal à zéro qui en serait la mort.» Martin Duru nous rappelle que Deleuze détestait les voyages et le tourisme et aimait citer à ce propos une phrase de Mercier et Camier d’un de ses écrivains favoris, Samuel Beckett: «Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager que je sache, dit Camier. Nous sommes cons, mais pas à ce point-là.» Frédéric Neyrat, lui, souligne l’anticapitalisme et l’an-archisme de Deleuze, une an-archie qui «est aussi épistémologique et touche le fondement des savoirs: si je suis une énigme pour moi-même, si mon désir est toujours à venir et jamais déterminé par un objet, si donc je ne sais pas ce que je désire parce que ce que je désire est ce qui vient à moi de façon improvisée, dans ce paysage, cette situation, alors je suis dans l’obligation de penser. Penser les nouvelles situations, penser les nouvelles formes d’enseignement, et penser aussi comment abroger les institutions et les lois qui rendent les gens malades.» Lire Deleuze est effectivement un encouragement à penser et, aujourd’hui, penser n’est pas un luxe, c’est une respiration.

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