Lire ou ne pas lire Bruno Le Maire?


Un soir de mai, à Lausanne, amusé par les extraits épicés qui circulaient sur Twitter depuis des jours, un collègue et ami de BPLT me désigna comme la personne indiquée pour parler du dernier roman de Bruno Le Maire: «c’est ton ministre de l’Economie! tu sauras qu’en dire mieux que personne...» La taxe «française», dont je m’acquitte ici de bonne grâce.
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Le lendemain, me maudissant déjà d’avoir accepté, je me faisais accompagner d’un autre ami, direction la librairie Payot de Lausanne, pour me donner du courage. 470 pages, 36,20.-, furent les deux informations qui me frappèrent, sitôt que la libraire avait rapporté un exemplaire de Fugue américaine, déjà planqué dans les rayonnages. L’ami, lecteur avisé des étiquettes, m’apprit que Payot n’en avait commandé que 3. Le public suisse n’était sans doute pas prêt pour la prose de «mon» ministre de l’Economie.
Que d’eau…
Premier constat, assommée par le pavé: il a donc du temps. A peine la cinquantième page atteinte, je tâchai d’aller au renseignement: est-ce vraiment lui, le ministre, qui écrit ses romans? La version officielle est que oui. Le Maire affirme que l’écriture est sa passion, son oxygène, et qu’il a travaillé dix ans à ce roman, le cinquième en quatre ans. Ne l’imaginons pas délaisser ses obligations économiques pour peiner des jours et des nuits sur la page blanche.
Effectivement, le roman traine en longueur. Par une licence narrative usée, le narrateur original présente dans les premières pages un manuscrit adressé par son oncle Oskar. Il faut donc blâmer Oskar pour avoir étiré à l’infini cette intrigue. Dépouillée de ses délayages romanesques, érotiques et érudits, la voici: Oskar, un psychiatre américain d’origine juive allemande parvenu au crépuscule de sa vie, rédige ses mémoires dans un hôtel berlinois. Il y est question de son frère Franz, pianiste raté, dépressif, suicidé quelques décennies auparavant, et de leurs souvenirs communs. Le premier, en 1949, est un concert de Vladimir Horowitz donné à La Havane, puis la rencontre entre Oskar, alors jeune étudiant en médecine, et «Satan au clavier». Leur relation s’étire jusqu’à la mort d’Horowitz. L’histoire de deux frères que dix années séparent, tiraillés entre le rêve américain que leurs parents, émigrés allemands des années 30, les poussent à épouser, et l’oubli tragique de leur culture européenne.



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