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Une dictature stalinienne en Egypte

Bon pour la tête

Par Bon pour la tête · Publié le 6 avril 2018 · 3 min de lecture

La réélection du président égyptien Abdel Fatah al-Sissi (avec 97,3% des voix!) n’a guère suscité l’intérêt des gazettes européennes et américaines. La répression impitoyable de toute voix critique n’émeut guère les vigiles occidentaux de la démocratie. Trop occupés avec la Russie? Pourtant Poutine ne peut pas vanter d’un score pareil et il s’est fait ouvertement critiqué pendant sa campagne. Dans d’autres pays, le coup de maître du général égyptien n’a pas passé inaperçu. Nous citons ici le journal algérien «Liberté». L’éditorialiste Mustapha Hammouche constate avec amertume que le monde arabe est sous la coupe de régimes dictatoriaux anti-islamistes (comme l’Egypte aujourd’hui) ou alors soumis au totalitarisme religieux.

«Le monde dit arabe vient d’assister à la (re)naissance d’une dictature stalinienne en Egypte. Elle vient d’être confirmée et restaurée dans la forme qu’elle connaissait depuis plus d’un demi-siècle, avant de vaciller le temps d’un “printemps” révolutionnaire en 2011. Le modèle semble s’être parfaitement acclimaté au contexte arabe et nos dirigeants ont su l’accommoder à un islam pourtant intolérant à la pensée profane. Nos dictateurs ont réussi à concevoir un canevas de pensée unique en fusionnant un militarisme de répression et un socialisme faussement dévot. Ils ont mâtiné cette doctrine d’un arabisme d’étouffement qui concilie un pan-nationalisme d’identité et un nationalisme de sujétion.Le concept totalitaire d’État, expérimenté en Russie, en Europe de l’Est et en Asie centrale, mais disqualifié par l’histoire, continue donc à prospérer, sous de faux noms, dans la zone arabe. Et, paradoxalement, le modèle adapté par et pour les Arabes est en passe de surpasser l’original en termes de longévité! 

C’est quand même dommage qu’un fonds culturel, à ce point capable d’intégrer une philosophie de l’asservissement d’État, s’avère incapable d’appréhender la pensée démocratique ! Cela nous contraint à ce choix cornélien : soit un pouvoir autocratique qui nous prive de notre libre arbitre pour mieux nous assurer le gîte, le couvert et… le salut, soit une théocratie accomplie. Mais, comme cette dernière nous est présentée comme plus contraignante, nous devrions nous estimer heureux de vivre sous des dictatures dévouées au bonheur du peuple. Et à leur bénédiction en prime. Le monde arabe compte tant de “Petits Pères des peuples” (c’est, au singulier, le doux surnom de Staline). Quelle providence donc, ce Sissi, cet “homme de fer” (autre surnom de Staline), venu sauver les Égyptiens de la dictature religieuse de Morsi ! Et pour longtemps. Très longtemps, peut-être.

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