Réservé aux abonnés

Pauvre Artaud

Anna Lietti

Par Anna Lietti · Publié le 10 février 2020 · 3 min de lecture

Pauvre Artaud
© Pascal Parrone / BPLT 2020

Le poète de la folie cosmique est conspué sur Instagram comme prototype du mâle hétéro-patriarcal. Hmm. Et si on arrêtait de ridiculiser la cause des femmes avec des fatwas à la mord-moi-le-nœud?

D’abord, un avertissement. Il s’adresse aux horrifiées qui découvrent ces jours-ci, via Instagram, l’existence d’un certain Antonin Artaud, un mec chelou qui écrit des trucs insensés à sa meuf, genre: j’ai besoin d’une femme «simple et équilibrée», «que je puisse trouver chez moi à toute heure», moi qui suis «incapable de m’occuper de rien». Une femme surtout qui ne «réfléchisse [pas] trop» mais qui me soit «attachée». La honte, quoi.

Si on googelise le nom d’Artaud, on lit que cet acteur et écrivain français du XXème siècle naissant est le créateur du Théâtre de la cruauté. D’où mon avertissement, en prévention du prochain mauvais buzz: non, le Théâtre de la cruauté n’est pas une scène où l’on torture des chatons et des koalas. Par «cruauté», Artaud entend la douleur d’être au monde et la mission dévolue à l’acteur d’être le corps brûlant de sa rédemption.

Mais revenons au texte incriminé. Il s’intitule Deuxième lettre de ménage et il est brandi sur les réseaux comme la preuve irréfutable que le grand Antonin, le poète de la folie cosmique, de la «lucidité innommable», cette créature de braise et de fulgurance, n’est rien qu’une pantouflarde incarnation du modèle hétéro-patriarcal.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

«Emmanuelle» 2024, le désir en question

CultureArticle

«Emmanuelle» 2024, le désir en question

Réinterprétation plutôt que remake, l'«Emmanuelle» d'Audrey Diwan avec Noémie Merlant surfe sur le vague souvenir du film-phénomène d'il y a 50 ans. Entre porno soft et discours féministe, ce film réimaginé à Hong Kong plutôt qu'en Thaïlande n'est pas sans intérêt. Mais son exploration d'un désir féminin enfin délivré du «male gaze» risque de ne pas convaincre grand monde.

Norbert Creutz

Iran, la révolte des femmes

CultureArticle

Iran, la révolte des femmes

Avec «Les Graines du figuier sauvage», Mohammad Rasoulof signe un puissant réquisitoire contre le régime des mollahs iranien, en s'inspirant du mouvement des femmes qui avait fait suite au meurtre de la jeune Mahsa Amini par des «gardiens de la révolution». Mélange de frontalité et de subtilité, ce film qui s'est logiquement soldé par l'exil de son auteur valait bien plus que son prix de consolation à Cannes.

Norbert Creutz

Le cinéma italien à l’heure du révisionnisme féministe

CultureArticle

Le cinéma italien à l’heure du révisionnisme féministe

Il y a quelques mois, «Il reste encore demain» de Paola Cortellesi cassait la baraque du box office italien et même helvétique. Aujourd'hui débarque «Gloria!» de Margherita Vicario, sélectionné en compétition à la dernière Berlinale. Et malgré les meilleures intentions de ces cinéastes soucieuses de revister le passé du point de vue des femmes, un malaise s'installe. Ne sont-elles pas en train de le réécrire par le petit bout de la lorgnette?

Norbert Creutz

Anatomie d’une mauvaise chute

CultureArticle

Anatomie d’une mauvaise chute

Le dernier film de Justine Triet, qui vient de recevoir les hommages extatiques de l'officialité cinématographique, est aussi un monument d'idéologie à la gloire des femmes et à la charge des hommes. Si l'on cherchait un évangile pour ce nouveau féminisme de confrontation perpétuelle entre les sexes, «Anatomie d'une chute» remplit tous les critères. (Attention spoiler!)

David Laufer