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Ô smartphone, dis-moi qui est la plus belle

Amèle Debey

Par Amèle Debey · Publié le 14 mars 2019 · 7 min de lecture

Ô smartphone, dis-moi qui est la plus belle
Le comportement que l'on a sur les réseaux sociaux pourrait être révélateur d'une pathologie. - © Maxpixel

On a tous dans nos «amis» Facebook des gens qui adorent étaler leur vie privée aux yeux du monde, en se mettant en avant et en partageant chaque détail de leur existence sur le World Wide Web. D’où vient ce besoin de s’afficher en permanence? Quelle importance le selfie a-t-il pris dans le quotidien des internautes? L’écran du smartphone est-il le nouveau miroir du Soi? Tentatives d’explication.

Sommaire

Selfie. Le terme est entré dans le Larousse en 2015. Au Canada, on dit «égo-portrait». Et nos camarades québécois – adeptes de francisation à gogo – n’auraient, cette fois, pu viser plus juste. En anglais, selfie vient de self; soi-même. Nous-mêmes. A la base, c’est une photo de soi-même devenu un trend international qui est désormais l’arme marketing la plus utilisée du monde. Sur Internet, on ne jure plus que par ça. Du quidam à la plus populaire des célébrités. Aujourd’hui, on peut donc envoyer notre tête à l’envi dans un monde virtuel absolument sans limite, sous toutes les coutures, sous toutes les formes.
Qu’il s’agisse d’illustrer des événements de notre existence ou simplement de nous muer en panneau publicitaire vivant de nous-même. 

Le selfie nous permet de faire notre auto-promo, d’alimenter notre narcissisme, quand bien même nous n’aurions rien à «vendre», rien de plus à offrir que la représentation idéalisée que l’on se fait de notre propre personne. Car la dimension prétendument spontanée des selfies est souvent biaisée. Personne ne poste une photo de lui-même prise du premier coup. On inspecte le cliché, on le juge et on l’améliore, à s’y reprendre un nombre incalculable de fois. Quitte à ce que ce dernier ne représente plus la réalité.

Elsa Godart, titulaire d’un doctorat en psychologie et psychanalyse, enseigne également la philosophie à l’Université Paris Est-Créteil. Dans son livre Je selfie donc je suis paru en 2016, elle s’interroge: «Y a-t-il scission entre ce que je ressens de moi et ce que je représente de moi? Et, surtout: le moi intérieur n’en vient-il pas à s’effacer, à s’évanouir ou à se modifier au contact de ce «double» virtuel?

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