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Les Candides Anonymes

Publié le 10 décembre 2017 · 3 min de lecture

Louise Anne Bouchard est écrivain, scénariste, photographe. D'origine québécoise, elle vit depuis près de vingt ans sur les bords du Léman.

Moi je suis une bonne fille: j’écoute, je lis, je m’informe.

Quand une féministe de la trempe d’Anne Reiser propose des «lieux de discussion, où l’expérience des unes servira aux autres (…) Les plus fortes expliqueront aux plus candides comment fonctionnent les hommes»* moi je dis, bingo! Rosette Poletti devait être verte de jalousie de ne pas y avoir pensé. Comme j’ai du temps, j’ai cherché un local et j’ai trouvé le nom du groupe: Les Candides Anonymes. On fonctionnera comme ceux qui ont trop bu et qui n’en peuvent plus: je suis une Candide Anonyme mais j’aimerais ressembler à Anne Reiser. La présidente du groupe (moi, parce que je suis forcément dans la catégorie des fortes) éduquera les idiotes et les naïves. J’ai déjà monté un Crowdfoundig pour faire imprimer le credo et la prière de fin de réunion. Evidemment, moi présidente, ça n’a pas plu à tout le monde. Je ne transcrirai pas le mail de Christine Angot qui est arrivée ce matin. Selon elle, la présidence lui reviendrait, parce que sur l’échelle de Richter des femmes qui ont souffert, en magnitude, elle  serait  au top du top. Qu’elle devait absolument présider les Candides Anonymes, de France de Suisse, de Mongolie, du monde entier. Mais je ne me laisserai pas faire, ni par elle ni par une autre. Les Candides Anonymes, c’est mon idée.

Je pense que la grand mouvement de la libération de la parole associé à #metoo, loin de rassembler les femmes, les divise encore plus. Très longtemps classées dans le camp des putes ou des anges, des chastes ou des libertines, Maître Reiser enrichi le catalogue des divisions: les fortes et les candides. Si j’étais elle, je ferais breveter ça et je demanderait le copyright, parce que là, c’est trop fort.  

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