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La provocation du pape: il ose exiger la paix 

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 2 octobre 2026 · 4 min de lecture

La provocation du pape: il ose exiger la paix 
Le pape Léon XIV. © Depositphotos

Les chefs d’Etat européens, à de rares exceptions près, ne prononcent plus le mot paix. Ils préfèrent répéter qu’ils se préparent à la guerre. Dans une escalade de discours musclés et de milliards pour les armes. Et voilà que le pape Léon XIV renverse la table lors de son voyage en France. Pas sûr que ses mots, son appel urgent au dialogue, aient été perçus dans toute leur force.

Dans le texte: «Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”, mais à promouvoir sans relâche le dialogue et la diplomatie.» Devant un tel appel, d’autres se font traiter de «pro-Poutine». Là, les visages se ferment. Et, à Metz, le pape va plus loin: «Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.» Autrement dit: admettre des concessions de part et d’autre. Songeant sans le dire à la Russie et à l’Ukraine. Ce qui irrite fort le commentateur de l’émission C dans l’air, Patrick Cohen, chantre du mainstream macronien qui voit là une contradiction avec le respect du droit international. Un droit moins évoqué en d’autres circonstances… Pour lui, cette visite du pape fut un «fiasco» qui n’a intéressé qu’une «minorité catholique». 

Quant au président français, on ne sait comment il a perçu une pique papale d’une crudité inouïe: «Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les Etats, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie.» Aucun dirigeant n’était désigné mais il y en a tant, de tous bords, qui devraient se sentir visés. 

«La guerre est légère à ceux qui n’en ont pas l’expérience»

Ces propos de Léon XIV sous-tendent une vérité qui traverse les âges: ceux qui déclenchent les violences guerrières n’en souffrent pas eux-mêmes mais jouent avec la vie de leurs sujets. Et leurs motifs peuvent être infiniment moins nobles qu’ils ne le prétendent. Un autre sage l’a dit il y a fort longtemps dans des textes qui résonnent fort aujourd’hui. Le pape l’aurait-il lu? Erasmus, l’ex-prêtre hollandais, grand voyageur à travers l’Europe, philosophe, souvent établi à Bâle. En 1521, il publie «La Plainte de la Paix» dont une phrase est devenue célèbre: «La guerre est légère à ceux qui n’en ont pas l’expérience». «Dulce bellum inexpertis». Il y a ceux qui décident et ceux qui subissent. «Les grands hommes s’enrichissent , tandis que la guerre frappe ceux qui travaillent et qui n’avaient aucune raison de la vouloir.» Erasmus doit ricaner dans sa tombe, il avait une longueur d’avance sur le business en or du surarmement actuel. Faut-il rappeler que le richissime chancelier Merz a travaillé pour BlackRock et en reste proche? Le géant américain de l’investissement qui, entre autres, a sa part des bénéfices de Rheinmetall.

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