La Châtelaine de Romainmôtier

Quiconque connaît Romainmôtier, la petite ville du Nord-Vaudois blottie autour de son abbatiale clunisienne, n’a pu que la croiser. Un trousseau de clés à la ceinture, le regard malicieux, le sourire gouailleur, la chevelure crépue en bataille. Avec les années, Katharina von Arx avait fini par se confondre avec cette Maison du Prieur qu’elle s’est employée à sauver envers et contre tout. Une aventure faite de passion, mais aussi de drames, qui après avoir été évoquée dans un livre à succès, fait désormais l’objet d’un film, «Jusqu’au bout des rêves», de Wilfried Meichtry.
Destin hors du commun, s’il en est, que celui de cette Soleuroise, née en 1928, qui après l’Ecole commerciale pour filles à Zurich, décide de suivre sa propre voie. Ce sera d’abord l’Académie des Beaux-Arts à Vienne, puis un tour du monde. Seule, sans argent. Pour vivre, elle joue – cela ne s’invente pas! – du ukulélé, mais surtout écrit et dessine. Bientôt, on s’arrache ses reportages et elle fait la couverture des magazines alémaniques, comme Sie und Er, ancêtre de la Schweizer Illustrierte. On parle d’elle jusqu’à Hollywood. En 1956, un reportage la conduit aux îles Tonga, dans les mers du Sud. Elle demande qu’on lui envoie un photographe, qui ne la rejoint que bien des semaines plus tard. Il s’appelle Freddy Drilhon.
Français, il s’est engagé très jeune dans les Forces navales françaises libres (FNFL). C’est un écorché vif. «Adieu vieille Europe, que le diable t’emporte!» pourrait être sa devise. Photographe talentueux, il travaille pour la presse parisienne, réalise des documentaires. Bien vite, Katharina et Freddy se plaisent et se marient. En 1958, leur naît une fille. Katharina publie plusieurs livres à succès relatant ses voyages, dont Nehmt mich bitte mit, dont 50’000 exemplaires seront vendus à sa sortie!
«Mon château des courants d’air»
Tout aurait pu continuer ainsi si le couple, un certain jour de 1960, n’était pas passé par Romainmôtier, en quête d’une maison. Katharina éprouve le besoin d’un certain retrait. C’est alors qu’on leur propose pour une bouchée de pain ce que les habitants du bourg appellent le château. Une vaste bâtisse moyenâgeuse à moitié ruinée sise à l’intérieur même de l’enceinte de l’ancien monastère. Ils s’y installent, entreprennent des travaux, qui les mènent de surprise en surprise, fresques, chapiteaux. Le bâtiment se révèle être rien moins que l’ancienne Maison du Prieur du monastère, devenue ensuite, sous les Bernois, la demeure du bailli.




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