Réservé aux abonnés

L’usage implacable des attentats

Antoine Menusier

Par Antoine Menusier · Publié le 8 août 2019 · 5 min de lecture

Deux terreurs semblent devoir désormais s’affronter: la terreur islamiste et la terreur suprémaciste blanche. Mais loin de rassembler tout le monde derrière une résilience de principe, ces actes meurtriers, comme celui d’El Paso récemment, nourrissent l’affrontement sur les modèles de société.

Il est des sentiments plus nobles que ceux exposés ci-après. Ils sont cependant tout à fait humains. Chez les individus, sur les forums, dans les journaux, de la base au sommet de l’échelle sociale, ces pensées plus ou moins rentrées participent de l’analyse, à chaud comme à plus long terme, d’actes terroristes. En effet, si les attentats desservent des personnes, une religion, voire une civilisation, ils servent d’arguments à d’autres, soit le groupe, au sens large, victime de l’agresseur. Une partie de la population aura le mauvais rôle, celui qui pousse à se méfier, l’autre, le bon, du moins le plus confortable.

Jusqu’aux attentats meurtriers visant des musulmans en mars dernier en Nouvelle-Zélande, les musulmans pouvaient avoir l’impression de porter seuls le fardeau de la culpabilité, non pas effective, mais par association, de crimes commis en leur nom. Depuis Christchurch, donc, et davantage encore depuis la tuerie d’El Paso samedi 3 août, perpétrée contre des Hispaniques au nom de la supériorité de la race blanche, reconnue et condamnée comme telle par l’administration Trump. Devant l’évidence idéologique du forfait, les Blancs allègent le fardeau musulman.

Là où la chose excède la simple question du confort moral, devient politique et par conséquent polémique, c’est lorsque l’on cherche à démontrer une vérité, à minimiser, à relativiser, éventuellement à hiérarchiser des violences structurant les esprits. Deux jours après l’attentat d’El Paso au Texas, le fil Twitter de L’Obs énervait des particuliers, qu’on rangera plutôt dans l’ensemble «blanc» – encore que cette notion racialiste soit peu prégnante en France où prévaut le concept d’universalisme – en titrant ainsi un article: Le terrorisme d’extrême droite fait autant de morts que le terrorisme islamiste aux Etats-Unis. L’un reprochait au média français de ne pas prendre en compte le bilan des morts imputables au terrorisme islamiste dans le monde. Un autre s’indignait en constatant que le comparatif des victimes du terrorisme aux Etats-Unis semblait commencer au lendemain des attentats d’Al-Qaïda de 2001, soit le 12 septembre, ignorant près de 3000 morts. Quoi qu’il en soit de cette comptabilité pouvant prêter à confusion, effectuée par un centre d’analyse américain, le même article rapportait qu’en 2017 et 2018, «les violences d’extrême droite ont fait plus de victimes aux Etats-Unis que les attaques djihadistes».

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Terrorisme: Berlin frappé au cœur

GéopolitiqueArticle

Terrorisme: Berlin frappé au cœur

L’actualité, proche et tragique, ou spectaculaire et géopolitique, a éclipsé l’évènement. Parlant lui aussi. Le terrorisme a plongé une partie de Berlin dans le noir: le groupe d’extrême-gauche Vulkan a incendié un centre de distribution électrique dans la nuit du 3 au 4 janvier. Les Berlinois se demandent comment on a pu en arriver là. Un point noir de plus sur le tableau du déclin de l’Allemagne?

Jacques Pilet

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

GéopolitiqueArticle

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

De tout temps, dans la galerie des puissants, il y eut les taiseux obstinés et les bavards virevoltants. Donald Trump fait mieux. Il se veut le sorcier qui touille dans la marmite brûlante de ses colères et de ses désirs. Il en jaillit toutes sortes de bizarreries. L’occasion de s’interroger: quand le verbe se nourrit de lui-même que devient l’action?

Jacques Pilet

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

GéopolitiqueArticle

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

Il arrive que le verrou des non-dits finisse par sauter. Ainsi on apprend au détour d’une longue interview dans la NZZ que le F-35 a été choisi pas tant pour protéger notre ciel que pour aller bombarder des cibles à des centaines, des milliers de kilomètres de la Suisse. En clair: pour se joindre de facto à l’OTAN dans un conflit généralisé. Qu’il en a rêvé, de cet avion, le commandant de l’aviation Peter Merz, surnommé Pablo par ses potes…

Jacques Pilet

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

GéopolitiqueLu ailleursLibre

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

Malgré la présence avérée de substances chimiques éternelles dans les sols, l’eau, la nourriture et le sang de la population, Berne renonce à une étude nationale et reporte l’adoption de mesures contraignantes. Un choix politique qui privilégie l’économie à court terme au détriment de la santé publique.