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Entre les griffes du sultan

Yves Genier

Par Yves Genier · Publié le 3 août 2017 · 5 min de lecture

Entre les griffes du sultan
Le palais de justice d'Istanbul, immense forteresse judiciaire où se déroule le procès qui déterminera ce qui reste de liberté de la presse en Turquie. - © Yves Genier

Face à un gouvernement de plus en plus autoritaire qui s'en prend à tous ses opposants les uns après les autres, les Turcs ne savent plus comment s'y prendre pour défendre leurs libertés.

Sommaire

«Qu’est-ce que vous pensez de notre situation politique?» La question tombe, brute, sans préliminaires ni préparation, au début d’un dîner en ville, ou avec votre voisin à bord d’un avion. Question embarrassante pour l’étranger qui vient d’arriver en Turquie, qui ne veut pas froisser son interlocuteur. Mais ce dernier insiste. «Nous pensons la même chose.» Le reste de la conversation n’est, généralement, qu’attaques et reproches envers un président élu certes démocratiquement mais à la politique toujours plus autoritaire.

Depuis un an, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, sous prétexte de lutter contre les auteurs du coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016, s’en prend systématiquement à tous les groupes, toutes les personnes susceptibles de se mettre en travers de son chemin. Cent dix mille employés publics ont perdu leur emploi après avoir été suspectés de sympathies envers le prédicateur Fetullah Gülen, accusé par le régime d’avoir instigué la tentative de coup d’Etat. Cinquante mille personnes ont été arrêtées pour les mêmes raisons, ou suspectées de sympathies envers l’organisation terroriste kurde PKK. Plus de cent journalistes croupissent en prison, parfois depuis des mois, sans jugement, sans même, parfois, connaître les raisons exactes de leur arrestation. De même que plusieurs activistes de défense des Droits de l’Homme.

Immense palais, justice au rabais

Dans le quartier populaire de Sisli à Istanbul se dresse le Palais de justice de la mégalopole turque: un immeuble flambant neuf de forme ronde à la structure massive de plus de 13 étages (plus de deux fois Uni-Mail), dot les 300 000 mètres carrés de bureaux abritent aussi bien la justice de Paix que les procureurs chargés de la lutte antiterroriste. Une véritable ville, avec ses commerces, ses cafétérias et même sa garderie, dans laquelle l’on pénètre librement à condition de se soumettre au même contrôle sécuritaire que dans un aéroport.

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