Djihad français: le procès de l’arrière


Comparaissant à Paris depuis le lundi 12 novembre, quinze individus, dont une fratrie de six, sont accusés d’appartenance à une filière d’acheminement de djihadistes en Syrie et en Irak. Parmi eux, deux frères de la banlieue lyonnaise auraient en plus cherché à commettre un attentat.
La salle Voltaire du Palais de justice de Paris, dédiée aux assises, est quasiment vide ce mercredi 13 novembre, date anniversaire des attentats islamistes qui ont fait 130 morts en 2015 dans la capitale française et sa proche banlieue. Comme si l’envie de se «taper» un procès pour djihadisme n’y était pas, spécialement en ce jour. Quinze accusés, dont six membres d’une même famille, comparaissent depuis le veille devant une cour composée de magistrats professionnels, la règle en matière de terrorisme. Ils sont soupçonnés d’appartenance à une filière d’acheminement de candidats au djihad vers l’Irak et la Syrie en 2013 et 2014, deux d’entre eux d’un projet d’attentat. Sur les quinze, huit, partis en zone de combat, sont toujours recherchés. Pour les présents, c’est en quelque sorte le procès de l’arrière, d’une entreprise idéologique faite d’une violence extrême contre leur pays. Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle. Verdict prévu le 30 novembre.
L’attention se porte sur la fratrie B., originaire de Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise – les parents, décrits comme des pratiquants d’un islam «modéré», sont pénalement hors de cause. Actuellement en détention provisoire, deux hommes et deux femmes occupent le box des accusés. Reda et Karim entourent leur sœur Farida. Eux, barbus, cheveux noirs, longs et lisses comme sur la pochette d’un vieux vinyle rock. Queue de cheval pour elle. Visages de craie. Reda, le benjamin, 23 ans, réputé être le cerveau de la filière, adresse de temps à autre des sourires à son frère Karim ou à son avocat, séparé de lui par une vitre en plexiglas partiellement ajourée. Trois autres de la fratrie B., des garçons, sont, eux, partis rejoindre le groupe Etat islamique – l’un serait mort.
Deux agents de la sécurité intérieure (DGSI) témoignent l’un après l’autre par visioconférence, cachés derrière un store. Ils rappellent les faits, font part d’écoutes téléphoniques, de conversations sur la messagerie Whatsapp. Reda semble obsédé par l’action djihadiste. Il a appartenu à un groupe islamiste radical, Forsane Alizza, les cavaliers de la fierté, dissous en février 2012, quelques jours avant le septuple assassinat perpétré par Mohamed Merah. En 2014, avec son frère Karim, leur sœur Farida étant leur «banquière», selon l’accusation, ils auraient eu l’intention de monter une opération terroriste dans la métropole lyonnaise. Reda voulait «les crever, ces chiens», disant préférer «les combattre ici», «direct chez l’ennemi, comme Merah» – la ou les cibles visées ne sont pas précisées. Reda et Karim s’abreuvent par ailleurs de photos et vidéos d’exactions de Daech.




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