Chômage: les chiffres ne disent pas tout

Par Antoine Thibaut · Publié le 20 janvier 2023 · 2 min de lecture

Chômage: les chiffres ne disent pas tout
"L'effort humain", James Vibert, Parc William-Rappart, Genève. - © Henk Monster - CC. BY 3.0

En temps de crise la tentation est grande de chercher une raison de se réjouir. La Suisse en a trouvé une: le très bas taux de chômage (2,2%). Problème: son mode de calcul ne permet pas la comparaison avec les voisins. Il en est réalité plus haut.

Les critères du BIT (Bureau international du travail) utilisés dans l’UE définissent ce qu’est une personne au chômage. Elle est en recherche d’emploi. Le décompte suisse porte en revanche sur les bénéficiaires de l’assurance. Celles et ceux qui arrivent en fin de droits ou veulent reprendre une activité après une longue interruption ne figurent plus dans le calcul.

Il faut saluer la transparence de l’Office fédéral de la statistique. Il publie régulièrement les «vrais» chiffres pour la Suisse, calculés selon la règle du BIT. Ainsi, pour le troisième trimestre de 2022, les chômeurs représentaient 4,3% de la population, soit 212’000 personnes, 41’000 de moins qu’un an auparavant. Les femmes sont plus touchées que les hommes. Et pour les personnes étrangères le taux est plus du double.

C’est globalement moins que dans les pays voisins. Mais l’examen attentif des plus proches réserve des surprises. L’Allemagne en est à 5,4%, mais l’Etat du Baden-Württemberg en face de chez nous (11 millions d’habitants!) en est à 3,6% au sens du BIT, moins que la Suisse. La France va mieux mais reste en moins bon état: 7,3%. Mais le taux de chômage est à 5,4% en Haute-Savoie et 5,2% dans le Jura. 

La baisse du chômage notée partout doit modérément nous réjouir. Le BIT constate que dans nos pas, les personnes qui ont décroché à un moment donné, surtout pour de longues périodes, ont toutes les peines à reprendre pied dans le monde du travail. A commencer par les femmes qui se sont consacrées à leur famille et souhaitent ensuite travailler à nouveau. S’ajoutent les travailleurs en sous-emploi qui renoncent, découragés, à viser un plein temps. Ceux qui, déprimés, ne cherchent plus activement un nouveau job et sortent ainsi de toutes les statistiques.

Dans son précieux ouvrage Désinformation économique (Editions Favre), Myret Zaki citait Ekkehard Ernst: «Le taux de chômage est un concept du début du XXème siècle, créé pour les besoins de gestion de l’époque. Aujourd’hui ce taux ne veut plus dire grand-chose et fournit une vue partielle. Il faut y ajouter plusieurs indices pour avoir une vue complète du marché du travail.»

Si l’on se risquait à rapprocher les chiffres de l’assurance-invalidité et ceux de l’assurance-chômage, on aurait sans doute une vision plus réaliste des difficultés de tant de gens. Et cela, ô ironie, au moment où les entreprises se plaignent de ne pas trouver de personnel qualifié. Cherchons l’erreur.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Plus d’heures de travail, moins de salaire

ÉconomieLu ailleursLibre

Plus d’heures de travail, moins de salaire

Alors qu’en Suisse les hôpitaux, les EMS et de nombreux secteurs peinent à recruter, le Parlement fédéral multiplie les attaques contre le droit du travail. Conditions de travail dans les soins, salaires minimaux, travail dominical ou temps partiel: sous la pression des milieux patronaux et des assureurs, plusieurs protections des salariés sont remises en cause au moment même où la pénurie de personnel qualifié atteint un niveau critique.

Bon pour la tête

Les promesses de l’IA en sécurité occultent les risques qu’elle génère

Sciences et technologiesArticle

Les promesses de l’IA en sécurité occultent les risques qu’elle génère

Cela fait déjà un quart de siècle que la cybersécurité est devenue un sujet de discussions internationales, l’objet de recommandations techniques, organisationnelles et juridiques ainsi qu’un marché. Toutefois, des défauts de sécurité, des erreurs, des dysfonctionnements et des vulnérabilités impactent les infrastructures informatiques et continuent de nuire aux individus et aux organisations publiques et privées qui en dépendent. La cybersécurité fait partie de la stratégie de la Suisse en matière de politique de sécurité 2026. Eclairage.

Solange Ghernaouti

Russie: la guerre comme régime de redistribution

ÉconomieArticleLibre

Russie: la guerre comme régime de redistribution

Le Kremlin aggrave les prélèvements tout en protégeant les catégories dont dépend son effort militaire. Une partie des revenus du pays dépend désormais de la poursuite de la guerre. Car celle-ci redistribue les richesses, favorisant certains secteurs et certaines régions au détriment d’une économie civile de plus en plus sous pression.

Michel Santi