Réservé aux abonnés

Ces migrations qui bouleversent l’Europe

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 1 octobre 2018 · 5 min de lecture

Ces migrations qui bouleversent l’Europe
Des réfugiés somaliens arrivent en Italie à bord du bateau Dignity 1. - © UNHCR/Alessandro Penso

C’est si douloureux et compliqué que la tentation de penser à autre chose est grande. Même si le triste feuilleton de l’Aquarius, rejeté ici, toléré là, nous rappelle de temps à autre la tragédie en cours et le désarroi des dirigeants d’une Europe bouleversée à bien des égards. L’émotion solidaire devant l’enfer libyen, les noyades en Méditerranée. La peur «identitaire» devant l’arrivée de ces milliers d’arrivants. Et le chambardement politique. Le sujet est le fond de commerce des partis nationalistes en Italie, en Autriche, en Allemagne, en Suède. Sans compter l’Europe de l’est où des pouvoirs autoritaires s’appuient sur les craintes qu’ils attisent. Comment y voir clair? Car les migrations sont de natures diverses. La fuite due aux guerres, aux dictatures insoutenables, l’exil dû à la misère et au rêve d’une vie meilleure.

Il y a d’abord des conflits effroyables qui ont chassé des populations entières qui ne demandaient qu’à rester chez elles. Surtout vers le Liban, la Jordanie, la Turquie: ils sont partis par millions. Un nombre beaucoup moins élevé de réfugiés est arrivé – arrive encore – en Europe. C’est à distinguer de la migration en provenance d’Afrique subsaharienne, composée surtout de jeunes gens en quête d’un nouvel avenir. Bien qu’en fait, après l’abominable passage en Libye où ils sont torturés, esclavagisés et rackettés, on peut dire que s’ils s’en sortent, ce sont aussi des fugitifs de l’horreur.

Mais combien sont-ils? Est-ce l’envahissement du vieux continent comme certains le disent? Les chiffres parlent et chacun peut en juger. En réalité, on ne peut pas parler d’un phénomène massif qui nous submerge. Mais il est vrai que l’avenir en revanche est très sombre car tout indique que nous allons vers l’arrivée de nouveaux flux ces prochaines années.  

En 2017, les 28 pays de l’UE ont enregistré 707’000 demandes d’asile (43% de moins qu’en 2016). Une sur trois était en provenance de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan et du Nigeria. 538’000 personnes ont obtenu un «statut protecteur». En Allemagne: 325’000, en France: 40’000, en Italie: 35’000 (c’était avant Salvini!), en Autriche: 34’000, en Suède: 31’000. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

GéopolitiqueArticle

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

De tout temps, dans la galerie des puissants, il y eut les taiseux obstinés et les bavards virevoltants. Donald Trump fait mieux. Il se veut le sorcier qui touille dans la marmite brûlante de ses colères et de ses désirs. Il en jaillit toutes sortes de bizarreries. L’occasion de s’interroger: quand le verbe se nourrit de lui-même que devient l’action?

Jacques Pilet

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

GéopolitiqueArticle

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

Il arrive que le verrou des non-dits finisse par sauter. Ainsi on apprend au détour d’une longue interview dans la NZZ que le F-35 a été choisi pas tant pour protéger notre ciel que pour aller bombarder des cibles à des centaines, des milliers de kilomètres de la Suisse. En clair: pour se joindre de facto à l’OTAN dans un conflit généralisé. Qu’il en a rêvé, de cet avion, le commandant de l’aviation Peter Merz, surnommé Pablo par ses potes…

Jacques Pilet

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

GéopolitiqueLu ailleursLibre

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

Malgré la présence avérée de substances chimiques éternelles dans les sols, l’eau, la nourriture et le sang de la population, Berne renonce à une étude nationale et reporte l’adoption de mesures contraignantes. Un choix politique qui privilégie l’économie à court terme au détriment de la santé publique.

L’identité numérique, miracle ou mirage?

GéopolitiqueArticle

L’identité numérique, miracle ou mirage?

Le 28 septembre, les Suisses se prononceront à nouveau sur l’identité numérique (e-ID). Cette fois, le Conseil fédéral revient avec une version révisée, baptisée «swiyu», présentée comme une solution étatique garantissant la souveraineté des données. Mais ce projet, déjà bien avancé, suscite des inquiétudes quant à son coût, sa gestion, son manque de conscience écologique et ses implications pour la vie privée. A l’approche de la votation, les questionnements s’intensifient.

Anne Voeffray