Réservé aux abonnés

Portrait d’un Vaudois

Publié le 9 octobre 2019 · 4 min de lecture

Il y a dix ans, le 9 octobre 2009, disparaissait Jacques Chessex. J’étais en Inde lorsque la nouvelle me parvint. Et c’est par le truchement du net, d’hôtel en hôtel, que je suivis les hommages rendus à l’écrivain. Je connaissais bien Jacques. Un temps, je fis partie de son jury, celui du Prix Rod. A plusieurs reprises, il m’accueillit chez lui, à Ropraz, à l’occasion d’interviews. Mais surtout, entre nous, il existait un lien plus intime: ma mère avait été son institutrice à Payerne, en 1942, au moment de l’assassinat d’Arthur Bloch. Et son directeur était Pierre Chessex, père du futur romancier.

Comme avec presque tous ceux qui fréquentaient Jacques Chessex, ses relations avec moi furent à éclipses, allant de la presque amitié au silence fâché durant de longs mois. Sans d’ailleurs que j’en perçoive la raison, aussi bien de l’une que de l’autre. C’est pourquoi, je reste reconnaissant à l’Univers – ou à la Providence – de ce que notre dernière rencontre ait été plus que cordiale, affectueuse même. C’était deux semaines avant sa mort, à la Librairie Payot, à Lausanne. Je venais de publier conjointement mon roman, La Terrasse des éléphants, et mon Journal, Chronique des treize lunes.

 «Tu as beaucoup travaillé, Raphaël», me dit Jacques en m’abordant avec sa voix doucement cérémonieuse qui pouvait prendre des accents de miel. Moi, je pensais à ce que j’avais écrit dans ma Chronique de sa dernière exposition à Ropraz, les propos plutôt critiques que j’y tenais. Car si la peinture de Chessex est intéressante en ce qu’elle illustre certains aspects de son imaginaire, on est tout de même à des années-lumière des dessins et des «tatouages» d’un Cocteau – les fresques de la chapelle de Villefranche-sur-Mer et de la Villa Santo Sospir. Et les minotaures du Vaudois n’ont pas grand-chose à voir avec ceux d’un Picasso. Je pouvais par conséquent m’attendre à tout. Et effectivement. «Alors? Ma peinture? Parlons-en.» Aïe! Me dis-je. Et pourtant, à ma grande surprise, le pire ne vint pas.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

CultureArticleLibre

De Bâle à Delémont avec le Père Dominique

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Bâle - Aesch - Tschöpperli - Blattepass - Blauepass - Mätzlerlechrüz – Laufen – Laufon - Röschenz - Huggerwald - La Réselle - Soyhières - Vorbourg - Delémont – Develier.

Guy Mettan

Balade chez les anthroposophes de Dornach

CultureArticleLibre

Balade chez les anthroposophes de Dornach

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Welschenrohr - Hunter Brandberg - Obere Tannmatt - Scheltenpass - Hohe Winde - Kloster Beinwil - Meltingerberg Bergwirtschaft - Meltingen – Ibach – Chessiloch – Grellingen – Dornach.

Guy Mettan

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

CultureArticleLibre

Quatre jours d’errance dans les replis du Jura

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse romande à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui: Le Landeron - La Neuveville - Gléresse (église) - Douanne - Alfermée - Bienne - Gorges du Taubenloch - Frinvillier - Plagne - Montagne de Romont - Stierenberg – Untergrenchenberg - Pré-Richard - Court - Gorges de Court - Moutier - Cabane du Mont-Raimeux - Le Petit Pré - Corcelles - Gänsbrunnen - Welschenrohr.

Guy Mettan