Quand le Christ vire à droite


Primé à la dernière Berlinale, «Mug / Twarz» de Malgorzata Szumowska est une fable satirique sur la Pologne conservatrice de Jaroslaw Kaczynski. Un film peut-être malcommode, mais dont la rage sincère et l'inventivité constante font le plus grand bien.
Sommaire
A l’heure où l’ensemble de la critique fait mine de s’extasier devant le dernier retour sclérosé de son anar de droite Américain favori, regardons plutôt ailleurs: du côté d’une jeune femme de gauche et de l’Est. Parfois, un tel décalage est le seul moyen de croire encore en la pertinence du 7e art! Chouchou du festival de Berlin, où elle a remporté l’an dernier le Grand Prix du Jury, la Polonaise Malgorzata Szumowska reste ici une mal-aimée. A tort, tant il est vrai que de Elles (enquête sur la prostitution estudiantine) à Body/Cialo (le mal-être urbain en question) en passant par Au nom de… (ou l’homosexualité dans l’église), ses films comptent parmi les plus stimulants du moment.
Malgorzata Szumowska à la Berlinale 2018 © Capture d’écran/DR
Question titre, son 7e opus Mug/Twarz aurait très bien pu s’appeler «Gueule» (ou «Face» ou «Visage») si les traducteurs faisaient encore leur travail. Mais bon, l’avantage de ce titre abscons est d’accentuer une impression d’imprévisibilité devenue rare. Impossible en effet de deviner où ce film va nous mener après sa séquence d’ouverture-choc: à l’occasion de soldes de Noël, des quidams acceptent le «concept marketing» de se déshabiller pour s’arracher des téléviseurs bradés. Critique appuyée d’un consumérisme devenu délirant? Un peu plus tard, l’un d’eux, le jeune et beau Jacek, retourne dans sa famille à la campagne aux sons «heavy metal» de Metallica…
De gueule d’ange à sale gueule
Ce pseudo-rebelle à cheveux longs a beau leur annoncer son désir de filer bientôt en Angleterre, en attendant, il ne s’accommode pas trop mal de la vie à la ferme et de son job sur le grand chantier local: l’érection d’un Christ géant appelé à surpasser celui de Rio de Janeiro (cette statue existe bel et bien depuis 2010, à Swiebodzin, près de la frontière allemande). Avec sa petite amie Dagmara, une blonde à cheveux courts, il se moque volontiers des ploucs racistes, sexistes et bigots de la région. Mais il paraît déjà bien velléitaire avant qu’un accident du travail vienne tout remettre en question: tombé d’un échafaudage, le voilà défiguré. Et ce, même après avoir bénéficié de la première greffe du visage tentée dans le pays!



Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.