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Baignoires

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 27 décembre 2018 · 4 min de lecture

Baignoires
Alignés aux pieds des grands immeubles de style austro-hongrois ou néo-soviétique, une petite épicerie où le café est caché derrière la caisse, une banque allemande, un tabac ouvert jusqu’à minuit. - © 2018 Bon pour la tête / Marie Céhère

L'écrivaine Marie Céhère est partie en Hongrie et livre ses impressions quotidiennes à «Bon pour la tête» sous forme de journal de bord. Découvrez, jour après jour, les épisodes de cette série hongroise.

Finalement, le chauffe-eau de l’appartement de Mexikói út est réparé. Miklós est venu dans l’après-midi me chercher en voiture, il a chargé mes bagages dans son break Škoda et nous avons roulé, dans les embouteillages, pendant un petit quart d’heure. Il n’y a aucun rond-point et peu de feux de circulation dans ces quartiers périphériques. Dès seize heures, de longues files immobiles se forment. Il n’y a pas, non plus, beaucoup de voitures neuves. La plupart dégagent de petits nuages de fumée noire et une odeur de poêle à mazout. Un litre d’essence coûte ici entre un euro et un euro vingt, selon les périodes et les régions.

Nous passons devant une boulangerie et un institut pour adultes non voyants, puis sous un pont ferroviaire, et nous nous arrêtons devant un immeuble de trois étages, à la peinture rose décrépie, hérissé de paraboles. Les poubelles sont sorties, les voisins sont absents, la porte est blindée. Miklós me fait faire le tour du propriétaire, m’indique que la ville où il réside avec sa femme, Gödöllö, est une destination intéressante, pour les gens comme moi. Je ne sais pas vraiment ce qu’il entend par là. Son idée de Paris est assez juste. Dans les ralentissements, il m’avait adressé un sourire de connivence: «vous savez ce que c’est! ». Je lui dis que j’ai plutôt pour projet de me rendre à Vienne, à deux heures trente de train. Il me demande, en allemand, si j’y ai de la famille. Je réponds «ja», nous sommes donc de lointains cousins, mais je ne parle vraiment pas bien allemand.

L’appartement de Mexikói út est plus petit mais plus confortable. Pas de chauffage au gaz, un canapé en velours, des bougies et de grandes armoires Ikea. Il y a aussi une grande baignoire. L’eau chaude, si elle est parfois source d’ennuis sans fin, ne doit pas coûter cher. Je me permets, depuis mon arrivée en Hongrie, le luxe de deux bains par jour.

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