La Voix de l’amour et de la mort

Pour sa rentrée, Gianni Schneider a choisi l’un des chefs-d’œuvre du répertoire théâtral du XXe siècle, «La Voix humaine» de Jean Cocteau. Seule en scène, une femme, sur le point d’être quittée, a une ultime conversation téléphonique avec son amant. L’œuvre fut créée en 1930 à la Comédie française, à Paris. Le metteur en scène lausannois nous en offre une version subtilement actualisée. Un très beau moment de vrai théâtre.
La singularité et la grande force de La Voix humaine, dont il existe aussi une version lyrique due à Poulenc, c’est de nous donner à entendre seulement les répliques du «personnage unique», comme l’appelle Cocteau. Et donc de laisser au spectateur le soin d’imaginer celles de l’autre. D’emblée, on est au cœur du drame. Un drame éternel, la rupture entre deux êtres, la fin d’un couple qui achève de se déliter. Or, très vite, nous en devenons nous-mêmes les protagonistes. Soit que l’on soit une femme, qui sait combien les hommes sont lâches et faibles dans leur lâcheté même, soit que l’on soit un homme et on n’en mène pas large en devinant les pauvres ruses de l’amant, qui pourraient être les nôtres.
Durant la conversation, souvent entrecoupée, car la liaison est mauvaise avec des interférences, une autre femme est sur la ligne. Elle entend tout et finit par intervenir en disant manifestement quelque chose de très déplaisant pour l’homme, qui se cabre. Alors l’amante vient à son secours:
«Tu es frappé!… Je… mais mon chéri, cette femme doit être très mal et elle ne te connaît pas. Elle croit que tu es comme les autres hommes…»




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