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Quand l’intégration se revendique à défaut de se vivre

Diana-Alice Ramsauer

Par Diana-Alice Ramsauer · Publié le 3 octobre 2018 · 11 min de lecture

Quand l’intégration se revendique à défaut de se vivre
© Diana-Alice Ramsauer / Bon pour la tête 2018

Les Suédoises et Suédois se définissent volontiers comme adeptes du multiculturalisme. Et pourtant, près de la moitié ne fréquente jamais ou rarement des immigrés non européens (sauf dans le cadre du travail ou de l’école). Dans ce pays progressiste où beaucoup revendiquent l’ouverture, les réalités du terrain sont parfois très différentes.

«Quand je suis arrivée à Höor (NDLR : petit village très campagnard d’environ 15’000 habitants à 50 km de Malmö, en Suède), je ne connaissais personne, raconte Alaa, une jeune Syrienne venue avec la “vague des 160’000 réfugiés de 2015”. Et je n’avais de contact avec aucun Suédois. Jusqu’à ce que j’apprenne l’existence de ce groupe de partage entre migrants et habitants de Höör.»

Alaa et sa famille ont été placées dans ce village par l’agence des migrations en collaboration avec l’agence pour l’emploi. En Suède, c’est l’administration qui décide où les réfugiés habiteront, du moins temporairement. Le permis de séjour pour réfugié est valable trois ans et il faut parfois attendre des années avant de recevoir une réponse. Les papiers de résidence permettent ensuite d’avoir une sorte de «plan à l’intégration» avec une aide à l’insertion à l’emploi. Généralement, cela passe au travers de cours intensifs de suédois gratuits (Swedish for migrant, SFI), d’équivalents universitaires ou de stages en entreprises. Pour les personnes en attente d’une réponse, l’agence de migration aide à trouver un logement (parfois des centres, lorsqu’il s’agit d’hommes seuls ou des appartements pour les familles) et de nombreuses associations donnent bénévolement des cours de suédois. Les cours sont néanmoins basés sur le bon vouloir des personnes immigrées.

Alaa, elle, a su profiter des cours SFI et parle maintenant couramment le suédois; elle est un modèle d’intégration. Elle semble être une jeune femme forte, elle est ambitieuse, elle s’engage, et a même trouvé un petit travail «sur appel» dans une garderie. Ce n’est pourtant pas le cas de toutes et tous. Elle raconte que nombre de femmes sont complètement isolées, restent chez elles pour s’occuper des enfants et n’ont aucun contact avec le monde extérieur. Certaines tombent dans la dépression. Le groupe de partage pour lequel la jeune femme s’engage maintenant, le «Tillsammans cafe» sert à éviter ce genre de situation. La mixité reste pourtant difficile dans ce village de Höör: elle regrette que le groupe ne soit pas plus fréquenté, ni par les immigré-es, ni par les suédois-es.

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