«Un prof, ça va continuer d’exister?»


Comment se projeter dans un avenir professionnel lorsque le paysage des métiers se transforme chaque jour? Vertiges d’une conversation ordinaire dans une classe d'ados genevois, reconstituée par leur prof.
Sommaire
Il y a des questions qui reviennent au point de départ gonflées d’unr certaine puissance. L’autre jour, ce n’est pas seulement l’effet boomerang qui a œuvré sous mes yeux, mais ce quelque chose-là d’angoissant d’abord, puis, je l’avoue, de stimulant. Disons qu’il y a eu, à un certain moment, ce je ne sais quoi qui a fait que l’axe temporel de notre existence s’est déployé dans ma salle de cours et en a occupé tout l’espace. S’il y a encore un bénéfice qu’il faut reconnaître à l’art de l’enseignement, c’est bien celui d’être en relation avec une matière humaine imprévisible.
Le robot fantasmé…
Venons-en au fait. Ce jour-là, j’ai demandé à «mes ados» de noter un test dans leur agenda. Je leur avais à peine fait éteindre leur smartphone, précieuse greffe de leur main, et cette opération chirurgicale à rebours les a obligés à mettre la main sur l’agenda papier délaissé au fond du sac. La révolution numérique n’a pas encore atteint toutes les profondeurs de la vie des adolescents. C’est lors de cette plongée que LA question a surgi de la bouche de Laurence, regard bleu ciel d’été: «Vous dites dans trois semaines. Oui, c’est quand, c’est quoi la date?» Certes, je ne suis ni habilitée pour l’enseignement des mathématiques et ni ne prône la doxa des quinze minutes quotidiennes de calcul mental qui assurent la mise en place de certains automatismes d’apprentissage.
Bref, vous êtes déjà en train d’imaginer la suite de la situation? Oui, il y a eu ce grand silence, ces nombreuses paires d’yeux toutes braquées dans ma direction, oui cette ambiance qui vous confirme que vous traversez, malgré vous, un océan de solitude. «Alors, toujours pas trouvé?», j’ai fini par lâcher. «Non, mais ce n’est pas important, reprend Laurence. Quand je travaillerai, j’aurai mon robot personnel et il saura le jour. Je vais pas me prendre la tête.» Son légendaire flegme m’a inévitablement crispée. «Et tu feras quoi, toi, comme travail?», j’ai ouvert, mea culpa, le match, un de ceux qui se joue à l’Open d’Australie avec une température de 40° à l’ombre.




Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.