Le noir est une couleur très sensible aux nuances


En contraste avec les mornes mille pages nouvelles des Microfictions 2018 de Régis Jauffret, d’une noirceur complaisante qui tourne au gris sale, la série anglaise «Black Mirror» illustre une façon bien plus inventive d’approcher les réalités actuelles les plus inquiétantes.
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Faut-il inscrire le début de l’année nouvelle sous le signe du noir absolu au motif que, le soir du réveillon, un jeune homme de 36 ans a décapité sa mère au prénom de Thérèse, retraitée de 61 ans, devant sa famille réunie, quelque part en France, comme l’a longuement rapporté un magazine spécialisé dans l’atroce et l’abject?
Tel n’est pas du tout mon sentiment, dans la mesure où ce fait divers, certes bien affreux, n’a fait en somme que marquer le tournant d’une année durant laquelle le même magazine se sera repu tous les jours d’abominations du même genre, et poursuit quotidiennement sa trouble tâche de vidangeur des égouts privés et publics où se mêlent les malheurs et les turpitudes de notre pauvre espèce en ne cessant de flatter les pires curiosités cannibales.
Or ce qui me frappe, dans cette façon de focaliser notre regard sur les aspects les plus tristes ou les plus répugnants, souvent les plus révoltants ou les plus sordides de la réalité quotidienne, c’est que celle-ci tourne bientôt du noir au gris sale, à l’image d’ailleurs de tout ce qui relève des médias-poubelles et de la pseudo-information trash, où la sensation plus ou moins sadique se substitue à toute forme d’émotion réelle et défie toute réflexion.




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