Pas de Grand Soir en Catalogne

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 10 octobre 2017 · 3 min de lecture

Pas de Grand Soir en Catalogne
Carles Puigdemont et Inès Amarradas. - © TV3 / Bon pour la tête

Suivre sur la durée le débat du Parlement catalan le jour que l’on a dit historique en apprend beaucoup sur la Catalogne au-delà des raccourcis. Ce ne fut pas le Grand Soir dont certains rêvaient. Parce que la déclaration d’indépendance prévue est reportée à des jours meilleurs. Mais parce que rien dans l’atmosphère ne traduisait la moindre excitation révolutionnaire. Le débat s’est déroulé dans une sérénité absolue. Applaudissements d’une partie de la salle aux uns, puis autres. Pas un murmure, pas un cri. On se serait cru au Conseil national un jour d’hommage à un conseiller fédéral défunt.

Mais quelle leçon de démocratie! On a pu décrire les emportements de la rue, des médias, de la police, l’excitation de la rue. On peut penser que le référendum du 1er octobre était une farce. Mais là, dans l’hémicycle, les points de vue se sont opposés dans un respect mutuel impressionnant.

Tout a donc commencé avec le report du discours de Carles Puigdemont. Jusqu’à la dernière minute, il a bataillé avec son allié d’extrême-gauche qui voulait aller plus vite et plus loin. Puis le président est monté à la tribune, les yeux sur ses pieds, puis sur son papier qu’il a lu comme un étudiant appliqué et peu sûr de lui. Rares regards sur le public. Seule signe extérieur de rébellion: ses cheveux en désordre qui envahissent le front. Une prose assez lourde, pas une seule formule qui fait mouche. Pour dire que la Catalogne doit devenir un Etat à part entière mais qu’il faut attendre un peu, ouvrir le dialogue, négocier avec Madrid.

Cet homme qui a tenu l’Europe en haleine n’est pas un tribun. Il a poussé la cause indépendantiste plus loin qu’aucun de ses prédécesseurs, il a séduit des millions de Catalans, mais son discours était plus que terne. Sur le fond comme sur la forme.

Aussitôt après lui, la députée Inès Amarradas, de la section catalane du parti Ciudadanos, a apporté une contradiction vibrante. La jeune femme (32 ans) a de l’allure et le verbe aisé. Elle ne quittait pas l’assemblée des yeux. Son reproche inattendu au président: «Vous asphyxiez l’autonomie!» En clair: avec la revendication de l’indépendance, vous sabotez le statut actuel et coupez la porte aux améliorations possibles. Son exigence? Un vote vraiment démocratique, contrôlé, à bulletins secrets, «et non pas cette pseudo-consultation où l’on pouvait voter quatre foi ». Sa conclusion: «La Catalogne est notre terre, l’Espagne est notre pays, l’Europe notre avenir.» Pas un frisson dans la salle. Puigdemont hochait du menton et se penchait vers son voisin pour sourire de tel ou tel propos. Elle fut applaudie avec chaleur par la moitié des députés. Les autres se taisaient.

Et l’adhésion se renversa avec les chefs de partis favorables à l’indépendance. Certains regrettant le délai donné. D’autres saluant cette prudence. 

Dehors, si l’on en croit les télévisions – nous n’y étions pas –, il semble que les manifestants rassemblés devant le palais étaient un peu désorientés et certains carrément fâchés. Les jeunes sympathisants de la CUP, la formation d’extrême-gauche, criaient à la trahison.

Le conflit est loin d’avoir trouvé son issue. Mais cette soirée a fait baisser la tension d’un cran. La Catalogne et toute l’Espagne ont des ressources de sagesse qu’ignorent les oiseaux de malheur.

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