La triste mais édifiante histoire de Mokhtar/Jérémie, le petit cireur de souliers qui deviendra je l’espère bientôt millionnaire. Le récit qui suit est vrai, sinon il n’aurait absolument aucun intérêt…
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Tamanrasset, Algérie, décembre 2004. Retour au bled pour y passer enfin à nouveau quelques jours de vacances en hiver. Une éternité que je n’y étais plus allé. Depuis ces années de sang. Ces années d’horreur. Cette gorge tranchée. Celle de la jeune femme que j’aimais. Des années pourries par ceux (rarement celles) qui sévissent encore parfois ici en planquant leur pognon dans nos belles banques ou profitent de nos largesses et de notre culte de la liberté d’expression pour tenir des discours de haine.
Des milliers de pauvres bougres
Ma ville n’avait plus grand-chose à voir avec celle quittée en 1967. Je n’avais que 3 ans. Elle ne comptait alors que 5000 habitants, la plupart des Touaregs. Trente-sept ans plus tard, près de 100’000 êtres humains s’y entassaient. Certains très confortablement, beaucoup correctement, mais passablement de manière indécente dans des baraques précaires ou des maisons sans toit.
Au début des années 70, les épouvantables sécheresses sahéliennes avaient incité des milliers de pauvres bougres à y trouver refuge. Le Mali et le Niger ne sont qu’à 300 kilomètres de là (tandis qu’il faut parcourir 1900 kilomètres pour rejoindre la Méditerranée au nord). Puis, les opulentes années 80 marquées par une exploitation intensive des ressources minières et un développement expansif du tourisme avaient attiré de très nombreux «nordistes» descendant d’Alger, Oran ou Annaba pour tenter leur chance dans ce nouvel eldorado. La comparaison n’est pas trop forte, puisqu’un gisement tout récemment découvert laisse entendre que ce dernier comporte des réserves en or à hauteur de 3,38 millions de tonnes…





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