Tracts et papillons de la Résistance, la banalité du bien


L’éditrice parisienne Pierrette Turlais a publié des tracts politiques méconnus de la Seconde Guerre mondiale conservés à la Bibliothèque Nationale de France. Les actes de la Résistance s’exprimaient aussi dans l’infime. Un ouvrage bouleversant qui invite à ne jamais renoncer.
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Dans la vitrine de la galerie Angle, au 2 rue Calvin, à Genève, des papillons jaunis semblent avoir été jetés en faux désordre dans la vitrine. Ces facsimilés de tracts d’un autre siècle ont traversé assez miraculeusement les années les plus noires de l’histoire de l’Europe. Souvent réduits à leur plus simple expression et publiés pendant la Seconde Guerre mondiale, ils invitent à la révolte, à dire non à l’occupant, à se réunir, à résister.
La portée de ces petits papiers aujourd’hui semble dérisoire: ils ont eu pourtant une influence fondamentale sur le moral des Français sous l’occupation allemande et de ceux engagés dans la Résistance.
Ces reproductions d’actes jaunis, tachés, émouvants dans leur fragilité, jouxtent un livre qui les met en lumière: «Tracts et papillons clandestins de la Résistance», publié par l’éditrice Pierrette Turlais qui crée des livres pour bibliophiles. Au verso: «Papiers de l’urgence».
Le mot livre ne rend d’ailleurs pas justice à cet assemblage de tracts reliés par un fil et enchâssés dans une boîte de carton. «Ce travail de non reliure est très proche du travail des gens qui les ont écrits, souligne Patrick Peloso, le directeur de galerie Angle. Si le fil venait à se couper, tous ces tracts s’envoleraient et redeviendraient des objets de lutte et des messages d’espoir.»
L’ouvrage nous fait plonger dans l’Histoire par une porte clandestine. Une histoire qui aurait été écrite à la va-vite, sur du mauvais papier contingenté, dupliquée à la main, au pochoir, ou sur une ronéotypeuse, avec un souci du détail typographique bouleversant. A travers les copies de ces publications destinées à encourager à passer à l’action on ressent l’urgence, l’espérance aussi. Combien sont morts ou déportés de les avoir écrits, publiés, distribués, ou simplement gardés dans leur poche? « Plus ils étaient grands et plus ils étaient dangereux car difficiles à cacher», souligne Patrick Peloso.
Des outils de compréhension de l’histoire
L’éditrice Pierrette Turlais, à qui l’on doit cet ouvrage était présente à Genève le 15 juin dernier. Cette somme est en quelque sorte la poursuite d’une quête. «J’ai commencé à réfléchir sur la question des violences politiques et des écritures de survie et de résistance quand j’étais très jeune, explique-t-elle. Sans doute parce que j’ai été élevée en Corrèze, dans une terre qui a compté pour le maquis. J’interrogeais beaucoup les adultes au sujet des massacres de Tulle ou d’Oradour-sur-Glane.»
C’est à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) que Pierrette Turlais a découvert l’existence de ces infimes écrits politiques. «L’un des plus anciens tracts que nous ayons retrouvés date de juillet 1940. Il s’intitule «Les conseils à l’occupé» de Jean Texcier.




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