Testostérone

Isabel Jan-Hess

Par Isabel Jan-Hess · Publié le 27 juin 2017 · 2 min de lecture

Quelque chose me gêne dans l’austérité des passagers de ce train matinal, mais quoi? Impossible de m’asseoir. Comme une bizarre impression de déranger...

Peu habituée à prendre le train, et d’autant moins en première classe, je suis restée sans voix l’autre matin! Ravie d’avoir déniché un billet dégriffé à prix d’ami, en première, j’embarque dans un de ces chars surbookés de pendulaires à Cornavin. D’emblée un sentiment étrange m’envahit. Dans le silence oppressant du wagon, je longe discrètement l’allée, cherchant une place accueillante. Quelque chose me gêne dans l’austérité des passagers, mais quoi? Impossible de m’asseoir. Comme une bizarre impression de déranger ces messieurs, rivés à leurs écrans ou à leurs journaux.

Damned, mais c’est bien sûr! Le wagon est plein… d’hommes! La plupart tirés à quatre épingles, cheveux impeccables. Jeunes, vieux, tous sont seuls, isolés par leurs préoccupations du jour. Sans le ronronnement du train, on entendrait une mouche voler.

La scène m’interpelle! Est-ce un hasard? Je regarde à travers la vitre, je n’arrive pas à voir le wagon suivant. Je traverse… Aucune femme et toujours la même ambiance, presque anxiogène! Je m’installe finalement à côté d’un jeune homme. Il termine un tableau Excel, écouteurs dans les oreilles. La trentaine, il peine à cacher son malaise dans un costume trop grand. Je l’imagine en baskets, cheveux au vent… En diagonale, j’observe un quadra. Il s’énerve sur une tâche laissée par son bircher sur sa chemise beige. Bien au centre de son ventre rebondi. Il capte mon sourire, me jette un regard froid.

Arrivée à Nyon, j’espère voir se dissoudre la testostérone ambiante. Je déchante vite, un seul passager vient rejoindre le troupeau matinal des co-workers. Car la plupart travaillent déjà, café dans une main, smartphone dans l’autre. A Morges, personne! L’heure matinale a peut-être une influence sur la désertion féminine? J’abandonne l’hypothèse à Lausanne: les passagères descendues de ce train sont bien plus nombreuses que leurs homologues masculins.

Renseignement pris auprès d’habitués, les premières classes sont souvent payées aux cadres par l’entreprise. De là à faire un lien avec le fameux plafond de verre encore infranchissable pour beaucoup d’employées pourtant surcompétentes?… Non, bien sûr et c’est bien connu, les femmes préfèrent s’entasser en deuxième…

 

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