Affaire Amal Mekki : Swissinfo place son service arabe sous surveillance et perd son rédacteur en chef



Depuis le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, la rédaction arabophone du service public suisse est considérée comme un risque. En octobre 2024, un journaliste de la NZZ s’intéresse à sa cheffe, et la direction de Swissinfo panique. Le rédacteur en chef demande même à la journaliste tunisienne de se faire passer pour juive. Dans ce premier volet de notre enquête en trois parties, nous révélons les dessous d’un scandale au sein de la SSR : une cheffe poussée à quitter le navire et un rédacteur en chef qui prend le large.
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« Pouvons-nous mentionner que vous êtes juive ? ». Mercredi 30 octobre 2024, 7h29. Amal Mekki, cheffe de la rédaction arabophone de Swissinfo, reçoit ce message de son rédacteur en chef, en réponse à un courriel interne qu’elle lui a envoyé à 7h09. Il s’agit de préparer les réponses à un journaliste de la NZZ, Daniel Rickenbacher, qui prévoit d’écrire un article sur le service arabe de Swissinfo et, par ricochet, sur elle.
Pour la première question, celle de ses anciennes publications pro-palestiniennes sur les réseaux sociaux, la journaliste d’origine tunisienne propose une ligne simple : les messages cités datent d’avant son arrivée à Swissinfo. Elle écrit à Mark Livingston, avec en copie la directrice Larissa Bieler et un autre cadre, Peter Zschaler. « Dans l’attente de vos nouvelles », conclut-elle. La réponse de Mark Livingston arrive vingt minutes plus tard. Nous avons pu consulter ce message. Il commence poliment, puis pose cette question : « Pouvons-nous mentionner que vous êtes juive ? C’est très personnel, je le sais, mais cela invaliderait fortement la thèse de Rickenbacher. »
Le rédacteur en chef propose même une formule toute faite pour la réponse au journaliste : « À ce stade, je souhaiterais également faire cette remarque personnelle : je suis juive, ce qui, à tout le moins, relativise votre éventuelle thèse. » Mark Livingston ajoute : « Cela aiderait, OK pour vous ? Merci pour votre réponse rapide ! » Amal Mekki n’est pas juive. Elle est tunisienne, de culture arabe et de confession musulmane, et sa hiérarchie le sait. « Je lui ai répondu que je n’étais pas juive, que j’étais musulmane, et qu’il le savait très bien, raconte-t-elle. Il m’avait lui-même offert des dattes pendant le ramadan. »




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