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Alerte au traumatisme potentiel

Albertine Bourget

Par Albertine Bourget · Publié le 7 mars 2018 · 3 min de lecture

Les «trigger warnings» se multiplient, sur les réseaux sociaux et jusqu'aux cursus littéraires dans les universités. De quoi diviser encore un peu plus.

Il y a de cela quelques années, je suis allée au cinéma avec une amie. Sa mère était récemment décédée, voir un film lui changerait les idées. Je me souviens de la gêne horrifiée qui m’a envahie lorsque la mère du personnage principal est morte à l’écran, et du silence mortifié qui a suivi la séance. Bien sûr, si j’avais su, nous ne serions pas allées voir ce film, et cette expérience pénible aurait été évitée. Aurait-elle pu l’être? Aurait-elle dû l’être?

Oui, à en croire les partisans les plus farouches des «trigger warnings», littéralement des «avertisseurs de déclenchement». Déclenchement, donc, d’un traumatisme lié à une expérience vécue, voire du trouble de stress post-traumatique par une image ou des mots. Ces derniers mois, le hashtag #triggerwarning, souvent raccourci en #tw, s’est ainsi multiplié sur les réseaux sociaux dans la foulée de l’affaire Weinstein, pour prévenir les internautes qu’elles pourraient être «triggered» par les mentions de violences sexuelles et de viols dans les articles.

«Trigger Warnings, Quentin Tarantino, and the College Classroom»,
la chronique de Kelli Marshall, professeur à DePaul University,
Chicago, évoque l’«affaire Tarantino».

C’est par le biais des sites féministes que les «trigger warnings», d’abord réservés au seul domaine médical, auraient fait leur apparition sur le web, dans les années 1990. Il n’était alors question «que» de violences exercées sur des femmes. Les alertes se sont ensuite élargies à d’autres thématiques sombres, comme le suicide ou l’anorexie, notamment sur Instagram ou sur des sites de discussion très populaires comme Reddit. L’année 2015 est celle qui voit le plus grand nombre de mentions du terme sur le Net, selon le magazine The Atlantic (Washington).

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