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«La nouvelle unité du peuple israélien se fonde sur l’addiction à la haine et la soif de sang»

Bon pour la tête

Par Bon pour la tête · Publié le 30 mai 2025 · 7 min de lecture

«La nouvelle unité du peuple israélien se fonde sur l’addiction à la haine et la soif de sang»
A Hébron, en Cisjordanie occupée, des soldats israéliens emmènent un jeune homme qui a visiblement été battu. - © Shutterstock

De nombreux Israéliens sont indifférents au sort des Palestiniens, voire se réjouissent de leur destruction. Pourtant, des voix indignées s’élèvent avec courage. Comme celle d’Orit Kamir, ancienne professeure de droit à l’Université hébraïque de Jérusalem et activiste féministe impliquée dans les droits humains, dont nous publions ici l’article paru en hébreu dans le quotidien israélien Haaretz.

«Laissez l’armée israélienne les détruire complètement!», peut-on lire sur la devanture d’une boulangerie. En Israël, la violence sature désormais la vie quotidienne. Je n’ai jamais vu autant de mal; autant de gens désireux d’exprimer leur haine, parfois même en compétition les uns avec les autres pour démontrer leur manque d’empathie. Je ne pensais pas que les gens soient capables d’autant de méchanceté. Capables de se réjouir de la souffrance des autres, de se délecter de les voir mourir de faim, perdre tout ce qu’ils possèdent et périr. C’est pourquoi je n’ai jamais eu aussi peur. C’est comme si un puissant barrage avait cédé et que des masses d’Israéliens se débarrassaient, l’ego joyeux, de toutes les contraintes de l’humanité pour se vautrer ensemble dans une haine toxique, la déshumanisation et la violence. Comme s’ils n’avaient attendu que ce moment pour pouvoir se départir enfin des règles qui les obligeaient à maintenir un semblant de moralité. Avec des cris de rage, ils jettent au rebus les conventions et les normes que la société humaine a construites pendant des milliers d’années pour freiner le déchaînement de l’ego. Ils ont donné au mot liberté un nouveau sens: celui de se libérer des chaînes de la culture. L’égalité a été effacée de leur lexique, sans parler de la dignité humaine. La compassion, l’empathie, aimer son prochain comme soi-même: tout a été aboli. La nouvelle unité du peuple israélien se fonde sur l’addiction à la haine et à la soif de sang.

Un poison sciemment distillé par les élites au pouvoir

Rien de tout cela n’est arrivé en un instant, ni tout seul. Il y a des incitateurs qui, depuis des années, distillent délibérément leur poison grâce à un système bien rôdé… Dans la liste des crimes de Netanyahu contre l’humanité et contre la société israélienne, dépouiller nombre d’Israéliens de toutes inhibitions morales est l’un des plus graves. Le comble c’est qu’il a réussi à transformer son pire échec, le massacre du 7 octobre, en excuse pour justifier et encourager la diabolique nouvelle «israélité». Comme une réponse pavlovienne implantée par hypnose: il suffit que les gens se souviennent de ce jour pour désirer immédiatement la destruction des Palestiniens. Par la même occasion, ils sont aussi désireux de s’aliéner les otages et d’attaquer leurs familles. Netanyahu ne porte pas seul la responsabilité publique de l’effroyable désintégration morale qui se déroule sous nos yeux. Les membres de son gouvernement et les députés de la coalition dirigent tous ouvertement ce processus. Leur faute est totale. De même que celle des médias qui les servent avec une obéissance écœurante et participent à cette hypnose de masse. Quiconque occupe un poste à responsabilité qui ne fixe pas de limites éthiques et ne présente pas d’alternative porte aussi cette responsabilité.

Tous regardent ailleurs

Lorsqu’une société perd son épine dorsale morale, comme cela nous arrive maintenant, un leadership positif est nécessaire. Quelqu’un dont la boussole morale est claire, qui n’a pas peur d’appeler un mal le mal et d’exiger un comportement adéquat. Quelqu’un qui ne s’adapte pas à l’humeur trouble du public mais prône davantage d’humanité et appelle à un «après». Sans un tel leadership, il est difficile de croire que notre société puisse se sortir du bourbier dans lequel elle s’est enfoncée… Je ne parle pas des Gantz et des Lapidim (ndlr. du nom des deux chefs des partis d’opposition), qui sont incapables de bégayer un mot de leadership moral. Il n’y a rien à attendre de leur part, leur vide déontologique est évident. Même les Eisenkot, vers lesquels les Israéliens désespérés jettent leur dévolu, se remplissent la bouche d’eau. Sans parler de Yaïr Golan qui avait correctement identifié ce mécanisme il y a dix ans déjà et qui, aujourd’hui, refuse de le condamner… Pour des raisons politiques? Même les juges, les militaires et les anciens gardiens de la morale, qui remplissaient les plateformes et les forums et s’opposaient fermement au coup d’Etat du gouvernement, restent silencieux face à la terrifiante désagrégation morale de la société israélienne. Eux aussi ferment les yeux devant les deux millions de Gazaouis que nous expulsons, affamons et massacrons sans cesse; face aux pogroms organisés et soutenus par les autorités et sous les auspices des forces de sécurité en Cisjordanie. Seul Yehudit Karp, l’ancienne procureure général adjointe, proteste contre cette horreur et est l’exception qui confirme la règle. Et il en va de même pour les leaders des manifestations [contre Netanyahu], dont nous espérions qu’ils émergeraient une opinion alternative… Malgré le bruit de la société israélienne qui s’effondre, je suis sûre que nombreux d’entre nous désirent la vie et la paix; que nous n’avons pas renoncé à l’humanité. Nous avons été réduits au silence face à la violence et à la laideur, mais nous sommes toujours là.»

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